Vendredi 7 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Festival Berlioz - 2 : foi perdue, légendes sacrées
samedi 1 septembre 2018 à 02h14
Berlioz qui s’expose, Berlioz qui s’écoute à La Côte Saint-André. Au musée, exposition Les Images d’un iconoclaste. Tandis que les photographes jouent les sorciers en capturant le reflet des hommes, les caricaturistes en soulignent les traits : Berlioz le bourgeois prend la pose devant l’objectif de Petit, Carjat fait de l’artiste un homme à la tête de chou. A l’auditorium du musée, le berliozien d’honneur David Cairns évoque « le Dieu caché » du compositeur : français châtié, humour anglais, analyse imparable d’une recherche en musique de la foi perdue. Embardée à l’église, où Patrick Messina (clarinette), Henri Demarquette (violoncelle) et Fabrizio Chiovetta (piano) musardent chez Schumann (seul, à deux, à trois, voix superbes, entente cordiale) avant d’attaquer le Trio op. 114 de Brahms, petit frère mal-aimé du plus célèbre Quintette : un hors-sujet qui n’en est pas tout à fait un, de Berlioz sacré à sacré Berlioz, thème de l’année. Retour aux fondamentaux au Château Louis XI : après Bach (quatre cantates mercredi 29 à Saint-Antoine-l’Abbaye), John Eliot Gardiner et l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique content les « Légendes sacrées du sud » d’un Berlioz dont la chambre d’enfant ouvrait sur le midi. Musiciens debout pour une ouverture du Corsaire fusant comme la foudre, puis aux genoux de la mezzo Lucile Richardot, tessiture interminable, tempérament de feu et diction expressive en souveraines abandonnées - reine (Les Troyens) et pharaonne (La Mort de Cléopâtre). Non moins magistral après l’entracte, concurrençant l’orchestre-spectacle selon Teodor Currentzis (voir ici) : un Harold en Italie à voir (presque) autant qu’à entendre, où l’altiste Antoine Tamestit - silhouette paganinienne pour tenir la partie que Paganini, le vrai, avait refusée à Berlioz parce qu’elle ne le mettait pas assez en vedette -, parcourt les paysages orchestraux en acteur-témoin au son de rêve, tel Childe Harold de Byron visitant le monde. Formidable analyse musico-dramatique d’un chef-d’œuvre déroutant, confirmant - s'il en était besoin - Gardiner en berliozien du temps présent. 
François Lafon

Festival Berlioz, Le Côte Saint-André, 31 août (Photo © DR)

 

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