Mercredi 23 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Rome, ville offerte
lundi 8 août 2016 à 16h16

Biographe de La Malibran (Pygmalion, 2005) et de Pauline Viardot (Grasset, 2009), Patrick Barbier se passionne aussi pour l’époque baroque. Ce Voyage dans la Rome baroque vient en conclusion d’une trilogie des grandes capitales musicales d’Italie, après La Venise de Vivaldi et Naples en fête. Du coup, on s’étonne que la Florence des Médicis soit écartée, en particulier celle qui vit naître les débuts de l’opéra, sous l’impulsion des Bardi, Rinuccini et Peri, sans oublier bien sûr Caccini et Cavalieri : l’auteur la reléguant probablement à l’apogée de la Renaissance… Chroniques des Romains eux-mêmes, mais aussi récits de voyage, correspondances et souvenirs viennent étayer le sujet éminemment musical de cette Rome baroque.

Du fastueux carnaval romain déployé durant la semaine qui précède mardi gras, illustré par Berlioz dans son opéra Benvenuto Cellini, et pour lequel Goldoni écrivit qu’« on n’a point idée du brillant et de la magnificence de ces huit jours » et Goethe, qu’il s’agissait avant tout d’ « une fête que le peuple s’offre à lui-même », jusqu’aux célébrations musicales qui accompagnent la capitale pontificale sur près de deux siècles (du XVIIème au XVIIIème), Rome apparaît sans conteste comme la capitale la plus festive de toutes. Enfin, la venue en 1655 de Christine de Suède, qui demeura dans la Ville éternelle jusqu’à sa mort, en 1669, et la puissance protectrice de plusieurs cardinaux mécènes (les Barberini, Rospigliosi et autres Pamphilj), favorisent la création chez de nombreux musiciens, dont Domenico Scarlatti, Corelli et Vitalli. Sans oublier Stefano Landi qui, guidé par les drames florentins, signe le style de l’opéra romain, à l’image de ce beau Sant’ Alessio, créé chez Taddeo Barberini, en 1632, et redécouvert grâce au tandem Benjamin Lazar / William Christie, en 2008.

Si l’auteur s’attarde peu sur le séjour romain du jeune Haendel, et encore moins sur des personnalités qu’on aimerait mieux connaître comme Pasquini, Melani, Carissimi, Mazzocchi, Vincenzo et Stradella – mais pour lesquels l’information fait défaut ? –, il revient à juste titre sur l’apparition des castrats (son premier ouvrage, en 1989) liés à l’Église, comme sur les maîtres de la musique religieuse. Il décrit en détail l’organisation des plaisirs et évoque avec autant de verve l’activité des théâtres privés (3000 places pour celui des Barberini !) ou publics, comme le premier, le Tordinona, bâti par Carlo Fontana, et disparu depuis – sans oublier de resituer dans la Rome d’aujourd’hui la géographie architecturale encore très présente du passé.

Franck Mallet

Patrick Barbier, Voyage dans la Rome baroque. Grasset, 288 p. 19€ 

 

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