Mercredi 14 novembre 2018
Concerts & dépendances
mardi 13 novembre 2018 à 22h48
Aux Bouffes du Nord, Demi-Véronique, création collective de La Vie brève (rien à voir avec De Falla), révélé in loco par les très inventifs et faussement foutraques Crocodile trompeur (Didon et Enée) (2013 - voir ici) et Orfeo, je suis mort en Arcadie (2017 - voir ). Mahler après Purcell et Monteverdi, plus précisément la 5ème Symphonie, œuvre non vocale entraînant un spectacle sans paroles pour trois acteurs et beaucoup d’accessoires, si ce n’est la logorrhée godardienne (il imite d’ailleurs le cinéaste) d’un bonimenteur apostrophant le public en guise de prélude, façon classique d’abolir la frontière entre salle et plateau. De musique il y aura beaucoup plus, de larges pans du chef-d’œuvre (dirigé par Claudio Abbado, signe d’un sûr goût musical) sortant d’un vieux magnétophone et envahissant l’espace, rythmant les folles actions et les tragiques suspensions se succédant, se chevauchant même à un rythme soutenu. « Alors voilà : nous avons mis toute cette musique en nous, dans les recoins les plus profonds de nos corps et de nos cœurs et nous avons composé une épopée musicale et théâtrale dans un intérieur calciné, une maison ravagée par le feu », explique la conceptrice et interprète Jeanne Candel. On n’en saura pas plus sur le(s) pourquoi du comment, si ce n’est qu'en tauromachie « la Demi-Véronique est le nom d’une passe durant laquelle le torero absorbe le taureau dans l’éventail de sa cape (…) Comme le soupir en musique, c’est une pause, une suspension à partir de laquelle tout peut recommencer et se transformer ». Il y a en effet un air de famille entre cette accumulation de signes et d’images en noir et blanc dont chacun pourra tirer son propre scénario et la saturation de rythmes et d’atmosphères qui font de la 5ème une des Symphonies de Mahler les plus séduisantes en détails (l’Adagietto « de » Mort à Venise) et les moins immédiatement accessibles dans leur globalité. On se dit même, quand les lumières se rallument sur le plateau transformé en champ de bataille, que ce délire tragico-burlesque apparemment hors-sujet en dit plus long sur Mahler et sa 5ème Symphonie que bien des commentaires savants. 
François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, jusqu’au 17 novembre. Scène Nationale de Brive/Tulle le 5 mars 2019. Théâtre de Nîmes, les 20 et 21 mars 2019
(Photo © Jean-Louis Fernandez)

Finale à l’Auditorium de Radio France du concours Long-Thibaud-Crespin, cette année consacré au violon. Une sorte de résurrection – couverture médiatique faisant foi – de cette institution créée en 1943 et depuis longtemps ronronnante, à peine boostée par l’adjonction en 2011 d’une section chant patronnée post mortem par la grande wagnérienne française. Renaud Capuçon n’y est pas pour rien, présidant un jury où siègent, entre autres, Maxim Vengerov, James Ehnes et Yan-Pascal Tortelier. Pour les trois finalistes (sur six) de ce soir, trois concertos sans pitié (Brahms, Beethoven, Mendelssohn), dirigés par le sobre Pascal Rophé à la tête de l’Orchestre des Pays de Loire, et précédés pour tous de l’Adagio du 1er Concerto de Haydn, test infaillible selon Capuçon de la sensibilité et de la musicalité d’un artiste. Assertion vérifiée, les trois concurrents représentant chacun un type d’interprète bien défini : tels Tebaldi la melliflue et Callas la flamboyante, l’Américaine Mayumi Kanagawa (24 ans) et le Russo-Canadien Daniel Kogan (25 ans) font preuve d’une perfection un peu froide pour la première, d’une inventivité faisant fi des canons classiques pour le second. Le Haydn de Kanawaga est une longue phrase céleste, celui de Kogan un débat passionné. Les tebaldiens (ou kanawagaiens) rétorqueront que le Brahms de leur favorite est nettement plus maîtrisé que le Beethoven de son rival, et ils n’auront pas tort. Le Russe Dmitry Smirnov (24 ans) va les départager : un Haydn techniquement soigné et artistement phrasé amorce le débat, suivi d’un Concerto de Mendelssohn très pensé lui aussi (fabriqué, diront ses détracteurs). Haut niveau donc, sans pourtant qu’un mouton à cinq pattes (expression favorite de Crespin) ne s’impose comme le Menuhin (longtemps président du jury) de l’avenir. Palmarès demain soir sur  http://www.long-thibaud-crespin.org. 
François Lafon

Auditorium de Radio France, 9 novembre. Dernière session samedi 10 à 19h. Finales récital et concerto visibles un an sur la page Facebook de France 3, la page Facebook et le site de Culturebox et francemusique.fr (Photo © DR)