Dimanche 26 mai 2019
Concerts & dépendances
Beethoven musclé par Yossif Ivanov
jeudi 29 novembre 2018 à 17h52
L’affaire est entendue : Yossif Ivanov est un violoniste virtuose, ses pairs l’ont d’ailleurs reconnu en lui décernant en 2005 le deuxième prix du Concours Reine Elisabeth. Mais dans le Concerto pour violon de Beethoven, si la virtuosité est nécessaire, elle ne suffit pas : le ton, l’ambiance, le grain sont essentiels. Fort du côté rebelle, qu’il exprime dans le groupe Trilogy fondé avec deux autres violonistes pour « rafraîchir les grandes œuvres du répertoire classique et populaire, » il a choisi ce soir-là d’aborder Beethoven de manière musclée, âpre même parfois dans certains aigus. L’Orchestre de Picardie, à qui Arie van Beek insuffle son enthousiasme, n’en est pas troublé pour autant et dialogue avec lui de belle manière, mais l’auditeur habitué à des versions généralement plus melliflues est plutôt surpris. C’est alors que, dans le deuxième mouvement, Yossif Ivanov montre qu’il sait aussi être doux, tendre, attentionné avec un toucher délicat qui lui permet, par exemple, d’entamer une magnifique, quoique courte, conversation avec le basson. Puis le troisième mouvement s’enchaîne avec la même ardeur qu’au début, et l’auditeur, dont l’oreille a fini par s’habituer, est emporté par le violoniste dans son tourbillon.
La Sixième symphonie de Schubert qui suit, appelée « Petite symphonie » par rapport à la neuvième, la Grande, elle aussi en ut majeur, est un étonnant patchwork de danses populaires, de cavalcades spectaculaires, de passages alla Beethoven et de fragments presque schubertiens. A défaut d’être toujours convaincante, même si l’orchestre de Picardie la défend bien, elle a le mérite d’exister, et d’avoir été donnée ce soir-là.
Gérard Pangon
 
Saint Louis des Invalides 27 novembre 2018. Diffusion sur Radio Classique le 17 décembre (Photo © DR)