Dimanche 2 octobre 2022
Concerts & dépendances
samedi 18 décembre 2021 à 19h18
On a beau adorer le baroque, les interprétations « historiquement informées » et les compositeurs méconnus de la Renaissance, entendre les Symphonies de Brahms dirigées par Herbert Blomstedt, ça remet le romantisme en place, et ça fait du bien. Pas forcément parce que le chef de 94 ans a connu Furtwängler et Bernstein, non, c’est juste une question de tempérament, une manière de faire chanter l’orchestre, de mener les thèmes à leur épanouissement, de laisser respirer les solos d’instruments à vent. Dans chacune des Symphonies de Brahms, qu’on connaît presque par cœur, on a ses repères, les passages qu’on dévore avec avidité, ceux qu’on (re)découvre, qui jaillissent au milieu des sonorités brahmsiennes des cordes. Dans la Troisième, le mouvement le plus attendu est peut-être le troisième, celui d’Aimez-vous Brahms : Herbert Blomstedt le dirige tout en ondulations, en clarté (magnifique solo de cor) avant un finale d’un dynamisme fou où l’Orchestre de Paris donne sa pleine mesure. Après l’entracte, la Quatrième, avec ces tierces délicatement posées, envoûtantes, comme le ressac de la mer. D’emblée, on est pris. Et on le sera jusqu’au bout. Herbert Blomstedt se penche vers les violoncelles pour mieux les faire dialoguer avec les cors, joue magnifiquement sur les nuances et les contrastes, dirige ample, soigne les phrasés, avec naturel : il a Brahms en lui. Et l'Orchestre de Paris le suit comme un seul homme. Accueillie par une formidable ovation, cette Quatrième de Brahms est digne de figurer dans une anthologie. 
Gérard Pangon
 
Philharmonie de Paris 16 décembre (Photo © DR)
 
Retour à l’Opéra Comique d’un succès-maison (426 représentations) : le Roméo et Juliette de Gounod. Originalité du projet, Eric Ruf y adapte sa mise en scène à la Comédie Française (2015) de la pièce de Shakespeare : une « seconde main » économique et même écologique (mêmes décors et costumes, ces derniers signés Christian Lacroix). Loin de la Vérone Renaissance, nous voilà dans l’Italie paupérisée et livrée aux mafias des années 1930-1950, entre Le Parrain 2 et  le cinéma néo-réaliste. Le spectacle revient de loin : exit d’abord Jean-François Borras (Roméo), testé positif au Covid, remplacé au pied levé par le ténor polynésien Pene Pati, après l’avoir été à la pré-générale par Ruf lui-même… en version parlée. Exit ensuite Julie Fuchs (Juliette) pour la même raison, doublée in extremis par Perrine Madoeuf. Idem dans la fosse pour les trompettes et trombones de l’Orchestre de l'Opéra de Rouen – Normandie. Du coup les solistes, annoncés masqués, ne le sont pas, chœurs, danseurs et musiciens le restant. L’œuvre, elle, s’en tire bien, la sombre tonalité du spectacle au théâtre se trouvant adoucie par Gounod entendant Shakespeare d’une oreille romantique, sa musique elle-même remusclée par la crudité de situations. Ainsi transposé le bal (masqué) où se rencontrent les deux amants se pare de couleurs alla West Side Story (merci Lacroix pour les robe virevoltantes), ajoutant une « couche fictionnelle » à l’ensemble. Annoncée par Louis Langrée, nouveau directeur-maison, comme (forcément) exceptionnelle, la soirée réserve en plus une divine surprise : sous la baguette très sûre de Laurent Campelonne et aux côtés de la valeureuse Perrine Madoeuf et d’un plateau confirmant la solidité et la diversité de l’actuelle école de chant française, Pene Pati fait exploser l’applaudimètre par son style raffiné, sa voix supérieurement conduite et son impeccable diction, avec le petit quelque chose en plus qui fait les stars. 
François Lafon 
Opéra Comique, Paris, jusqu’au 21 décembre (Photo © Stéphane Brion)

jeudi 9 décembre 2021 à 22h43
Pour trois soirs au Théâtre de l’Athénée : La Tragédie de Salomé de Florent Schmitt, dirigé par Julien Masmondet, chorégraphié et dansé par Léonore Zurflüh et mis en images vidéo par Patrick Laffont De Lojo, avec Cyril Teste en « collaborateur artistique ». Un copieux générique pour cette Salomé-ballet pour dix-sept musiciens surfant sur la vague (1907) de l’opéra de Richard Strauss, créée par la Loïe Fuller et plus connue (ou moins inconnue) sous sa forme postérieure de suite symphonique. Avec son ensemble Les Apaches (en référence aux jeunes loups réunis dans le sillage de Ravel ) Masmondet a étoffé l’œuvre originale d’un double prologue musical (prélude salle allumée puis rampe de lancement de la musique de Schmitt) dû à notre contemporain Fabien Touchard, musique à la fois bruitiste et enveloppante, introduction au monde d’ailleurs dans lequel nous allons pénétrer,  tandis que la vidéo sur  double écran en images superposées achève de nous faire perdre nos repères visuels, équivalent moderne des voiles, miroirs et lumières qui ont fait le succès de la Loïe Fuller. Le tout fonctionne bien, d’autant que la danseuse-chorégraphe a de l’idée et de la présence, et que le filmage nous fait habilement entrer dans la tête et voir avec les yeux d’Hérode subjugué. Voir et entendre, car la musique de Schmitt est organique sans perdre de son charme, directe avec une pointe de distance, très française et comme venue d’ailleurs, se terminant par une « Danse de l’effroi » qui avait beaucoup plu à Stravinsky (dédicataire de la version symphonique de 1910). Masmondet et ses Apaches-2021 la jouent avec tout le feu et l’élégance requis, achevant de démontrer qu’elle a sa place aux côtés des grands ballet du XXème siècle.
François Lafon 

Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet, jusqu’au 11 décembre (Photo © Patrick Laffont De Lojo)

samedi 4 décembre 2021 à 23h50
A l’Opéra Bastille, débuts lyriques (après concerts et ballet) de Gustavo Dudamel en tant que directeur de l’Orchestre dans une Turandot de Puccini mise en scène par Bob Wilson, créée à Vilnius et passée par Madrid. Un choix symbolique, sa mémorable Bohème in loco (voir ici) n’ayant probablement pas été étrangère à sa nomination. Un grand écart cependant : tout en finesse avec Mimi et Rodolphe (même dans la mise en scène "Startrek" de Claus Guth), il est ici tout en énergie, style de l’ouvrage oblige : gros succès public, et tant pis pour les « connaisseurs ». Un texte du programme, signé du musicographe Jacques Amblard et titré Romantisme modernisé, éclaire pourtant sa démarche : « Si Puccini reste verdien et lyrique, voire une machine de guerre médiatique qui sait ce que le public apprécie, il reste discret héraut des diverses tendances de son temps » (les années 1920). C’est bien ainsi que Dudamel nous fait entendre l’ultime opéra inachevé du compositeur de Tosca, emphatique mais sans pathos, clins d’œil à Debussy et Stravinsky, comme une révolution de velours. Les images léchées voire glacées de Bob Wilson, la gestique orientalisante et antiréaliste qu’il impose aux chanteurs, insistant par nature sur le côté rituel de l’ouvrage, vont opportunément dans ce sens. Que manque-t-il alors pour que cette Turandot, plus que jamais « princesse de glace », ne nous laisse sur notre faim ? Des timbres probablement, là où les plus grands, à la scène comme au disque, ont laissé leur empreinte. Non que le plateau soit indigne, mais ni l’athlétique Elena Pankratova (Turandot) ni Dwyn Gughes Jones (Calaf) ne sortent du lot, l’emblématique « Vincero » final de « Nessun Dorma » tombant dans un silence indifférent. Mention quand même pour la Liu entre ciel et terre de de Guanqun Yu et pour les trois ministres sautillants, et bravo aux Chœurs fortement sollicités et à l’Orchestre tout beau devant son nouveau directeur. 
François Lafon 

Opéra National de Paris – Bastille, jusqu’au 30 décembre. En différé sur France musique le 8 janvier 2022 à 20 heures dans le cadre de l'émission "Samedi à l'Opéra" (Photo © Charles Duprat/OnP)

 

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