Mardi 18 septembre 2018
Concerts & dépendances
samedi 15 septembre 2018 à 01h52
Concert d’ouverture de la saison à l’Arsenal de Metz : nouveau chef, nouveau nom pour l’Orchestre Philharmonique de Lorraine, devenu National de … Metz, et non - eu égard aux autres phalanges de la région - Orchestre du Grand Est, comme prévu un moment. En succédant au Messin Jacques Mercier, directeur musical seize années durant, le jeune Belge David Reiland trouve un instrument en bonne forme : sonorité, dynamique, cohésion, équilibre entre les pupitres (les bois !), le tout façonné et mis en valeur par l’acoustique du lieu, superbe auditorium « boîte à chaussure » (forme traditionnelle aujourd’hui supplantée par le style enveloppant façon Philharmonie de Paris). Programme test pour l’orchestre et son chef, choisi à la suite de trois concerts « coups de foudre » : précision rythmique mais aussi « songes enfin réalisés » (Debussy) du Prélude à l’après-midi d’un faune, élégance classique d’un 12ème Concerto pour piano de Mozart avec un Lucas Debargue moins torturé mais non moins cérébral que de coutume (il donnera en bis un Scarlatti augurant bien de son prochain CD), « volupté sonore et goût du silence » du Japonais Toshio Hosokawa dans Blossoming 2 (2011), préludant à une 3ème Symphonie « avec orgue » de Saint-Saëns mettant en avant les ressources sonores de l’orchestre. Gestuelle expansive mais claire du chef dirigeant sans baguette, Finale de la Symphonie bissé, permettant de réentendre Olivier Vernet (orgue) mettant littéralement le feu à l’orchestre. Nombreux décideurs et programmateurs dans la salle, ce qui ne trompe pas.
François Lafon

Cité Musicale de Metz, Grande salle de l’Arsenal, 14 septembre (Photo © DR)

Vers 1900 naît à Vienne une musique source de scandale. Mahler compose puis orchestre ses quatre « Chants d’un compagnon errant » avant son arrivée dans la cité en 1897 comme directeur de l’Opéra impérial et royal, mais  ces lieder de jeunesse (ainsi que toute sa production) seront vénérés par la génération viennoise montante. Schönberg en dirige le 6 février 1920 une version pour orchestre de chambre avec piano et harmonium (due très probablement à lui-même) dans le cadre de sa Société d’exécutions musicales privées. C’est par cette version qu’a débuté à La Chaise Dieu le concert de l’ensemble Voix étouffées / Les Métamorphoses, fondé en 2005 par le chef d’orchestre Amaury du Closel pour rendre hommage aux compositeurs victimes du nazisme. Suivaient, d’Alexander von Zemlinsky, considéré par Schönberg comme son seul « professeur », les Six mélodies opus 13 sur des poèmes de Maeterlinck : climat de féerie, de spiritualité et de mort. Face au nazisme, Schönberg et Zemlinsky s’exilent aux Etats-Unis, l’un en 1933, l’autre en 1938 (il y meurt en 1942 pauvre et oublié). Franz Schreker, lui aussi juif, est démis de son poste de directeur de l’Académie des Arts de Berlin, où il a fait nommer Schönberg, et s’éteint en 1934. Il triompha dans l’opéra. La Symphonie de chambre pour vingt-trois instruments dont piano, harpe, célesta et harmonium (1917), une de ses rares grandes pages instrumentales, prolonge en quelque sorte l’opus 9 de Schönberg. Concert captivant, astucieusement programmé, clos après la symphonie de chambre par cinq mélodies du même Schreker, chantées comme celles de Mahler et de Zemlinsky par le baryton coréen Jiwon Song, lauréat de plusieurs concours.
Marc Vignal
 
Abbatiale Saint-Robert, 25 août (Photo © B. Pichène)