Dimanche 27 septembre 2020
Concerts & dépendances
Enclave lyrique dans la programmation désormais éclectique du Châtelet : Saul de Handel mis en scène par Barrie Kosky, créé au festival de Glyndebourne 2015. Un spectacle précédé d’une plus que flatteuse réputation, passé par Houston (Texas) et Adelaïde (Australie) et filmé en 2016 (DVD Opus Arte). Une escale parisienne inespérée donc, en attendant (dans quel théâtre ?) une reprise des Boréades de Rameau (voir ici), merveille plus aboutie encore et relevant de la même esthétique (Kosky est volontiers inattendu : cf le récent Prince Igor à l’Opéra Bastille – voir ). Une gageure a priori que cet oratorio, même si le propos (la jalousie morbide du roi d’Israël vis-à-vis du jeune David qui sera son successeur, cercle affectif infernal incluant les deux filles de Saül et son fils Jonathan, ami de cœur de David) et le style musical (séquences rapides, structure plus souple que l’alternance air - récitatif) se prêtent davantage à la scène que bien des opéras du même Handel. Un tour de force tout de même, ponctué d’images folles (l’orgue de chambre jaillissant d’un champ de chandelles) et de grands moments de théâtre, telle l’invocation shakespearienne (on pense à Macbeth) de l’esprit du prophète Samuel prédisant la mort de Saül et de Jonathan. Formidable direction d’acteurs, génie des groupes et des mouvements, chœurs et danseurs mêlés peuplant un espace vide alla Peter Brook, sable noir au sol et double table géante où l’on festoie et se torture. Plateau mené par le grandiose baryton Christopher Purves (anthologiques « I am the king » à la fin du deuxième acte !) et le faussement frêle contre-ténor Christopher Ainslie - tous deux de la distribution originelle -, duo féminin équilibré (Karina Gauvin la méchante soeur, Anna Devin la gentille), autre duo on the edge (David Shaw remplaçant au pied levé Benjamin Hulett en Jonathan et le choriste Daniel Mullaney prêtant sa voix en play back au fellinien Stuart Jackson, aphone ce soir), chœur impeccable formé pour l’occasion et Talens Lyriques à la hauteur de leur réputation, sans Christophe Rousset mais avec le très haendelien Laurence Cummings dosant savamment la noblesse du genre et l’hystérie du sujet.
François Lafon 

Châtelet, Paris, jusqu’au 31 janvier (Photo © Patrick Berger)

9ème Biennale de quatuors à cordes à la Cité de la Musique/Philharmonie de Paris. Fil rouge : Beethoven, 250ème anniversaire oblige. Passage de relais ce soir, avec le déjà aguerri Quatuor Goldmund (Amphithéâtre) et le désormais historique Quatuor Danel (Grande salle de la Cité).  Pas de Beethoven pour le premier, mais Haydn (prospectif Quatuor op. 76, au célèbre "Largo") et Mendelssohn (Quatuor n° 6 op. 80, écrit sous le coup de la disparition de sa sœur Fanny) reliés par l’habile Smile of the Flamboyant Wings, inspiré à Dobrinka Tabakova (née en 1980) par le tableau de Joan Miro. Sûreté rythmique, souplesse stylistique, sonorité d’ensemble travaillée, déchaînement d’énergie, fût-elle du désespoir (Mendelssohn) : beau succès à l’applaudimètre pour cette formation adoubée par un nombre impressionnant de grands aînés. Plus uniment sombres les Danel, avec le 8ème Quatuor de Chostakovitch (« Aux victimes du fascisme et de la guerre », suivez son regard…) et le 14ème de Beethoven, « éléments volés de-ci de-là et recollés ensemble » débouchant sur de prémonitoires rapprochements, tous deux précédés du 4ème Quatuor de Pascal Dusapin (créé en 1997 par les Prazak), impressions funambulesques sur un passage de Samuel Beckett (« Un va-et-vient allait de plus en plus vite, puis s’arrêtait. Bientôt son corps serait tranquille, bientôt il serait libre » - Murphy). Choc accentué des humeurs dans Beethoven, expressivité maximale (surjouée presque) dans Chostakovitch (une spécialité, cf. leur intégrale discographique chez Alpha), Dusapin rejoignant ce dernier par son maniement (beckettien) de l’ironie qui fait mal. Le passage de relais - pluriel - intervient à la fin, quand Raphaël Paratore, violoncelliste du Quatuor Goldmund, se joint aux Danel pour l’"Adagio" du Quintette en ut de Schubert (un des compositeurs favoris de… Beckett), jouant l’instrument (pas encore verni) construit en public durant la Biennale par le CLAC (Collectif de Lutherie et d’Archèterie Contemporaines), et qui sera étrenné deux ans durant par le jeune Dimitri Berlinski, petit-fils du fondateur de l’illustre Quatuor Borodine. Un "Adagio" en suspension, plus lent encore que ne le jouait le non moins illustre Quatuor Amadeus, parrain des Danel. Ultime passage de relais ? 
François Lafon 

9ème Biennale de quatuors à cordes – Cité de la Musique/Philharmonie de paris, jusqu’au 19 janvier (Photo : Quatuor Goldmund © Gregor Hohenberg)


jeudi 9 janvier 2020 à 22h25
Premier événement 2020 dans... le parking du Centre Pompidou avec Fosse, « spectacle en continu » signé Christian Boltanski, Jean Kalman et Franck Krawczyk, co-production Opéra Comique/Beaubourg. Une suite à Pleine Nuit (2016 - chantier de la salle Favart) reprenant les trois mêmes règles : ni début ni fin, espace déterminant le livret, public déambulant à sa guise, faisant écho cette fois à la spectaculaire exposition Christian Boltanski - Faire son temps à la Galerie 1 du Centre. Lumières savamment parcimonieuses (Kalman), installation énigmatique (Boltanski), musique éclatée (Krawczyk) jouée en direct par treize violoncellistes (dont Sonia Wieder-Atherton), six pianistes, deux percussionnistes, un guitariste et le Chœur Accentus avec la soprano Karen Vourc’h. Atmosphère de mélodie en sous-sol, mondaine au demeurant, les cinq-cents spectateurs continuant leurs conversations tout en découvrant que l’endroit est hanté, que les quelques voitures bâchées aux phares-projecteurs ont de fantomatiques occupants voilés de tulle, que les box de côté sont eux aussi habités et qu’à la musique peut venir se mêler la sirène d’alarme. « Tel Dante ou Orphée, le visiteur erre dans un lieu indéterminé, immergé dans ce qui se passe au-dessous, sous la surface, sous la scène, déplaçant l’enjeu sur ce qui ordinairement tend à être dissimulé », explique le programme. Impression en effet de « jeu de l’envers », où l’oreille cherche machinalement à réunir les éléments musicaux, où l’on a la sensation d’entrer dans une fable dont on ne saisit pas les fins dernières, voire – si l’on a visité l’exposition – de faire partie d’un Boltanski, structures-prise de conscience des duretés du monde. Chapeau aux musiciens emmitouflés (il ne fait pas chaud au sous-sol) enchantant l’espace des harmonies à la fois melliflues et anxiogènes qui prolongent le théâtre d’images boltanskien.  
François Lafon 

Fosse, Centre Georges Pompidou, Paris, les 10 et 11 janvier de 19h à 22h, 12 janvier de 17h à 20h (Spectacle en continu, durée de chaque cycle musical : 50 minutes) (Photo © Hervé Véronèse-Centre Pompidou)

 

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