Mercredi 23 octobre 2019
Concerts & dépendances
Demi-Véronique, en-cas de Mahler
mardi 13 novembre 2018 à 22h48
Aux Bouffes du Nord, Demi-Véronique, création collective de La Vie brève (rien à voir avec De Falla), révélé in loco par les très inventifs et faussement foutraques Crocodile trompeur (Didon et Enée) (2013 - voir ici) et Orfeo, je suis mort en Arcadie (2017 - voir ). Mahler après Purcell et Monteverdi, plus précisément la 5ème Symphonie, œuvre non vocale entraînant un spectacle sans paroles pour trois acteurs et beaucoup d’accessoires, si ce n’est la logorrhée godardienne (il imite d’ailleurs le cinéaste) d’un bonimenteur apostrophant le public en guise de prélude, façon classique d’abolir la frontière entre salle et plateau. De musique il y aura beaucoup plus, de larges pans du chef-d’œuvre (dirigé par Claudio Abbado, signe d’un sûr goût musical) sortant d’un vieux magnétophone et envahissant l’espace, rythmant les folles actions et les tragiques suspensions se succédant, se chevauchant même à un rythme soutenu. « Alors voilà : nous avons mis toute cette musique en nous, dans les recoins les plus profonds de nos corps et de nos cœurs et nous avons composé une épopée musicale et théâtrale dans un intérieur calciné, une maison ravagée par le feu », explique la conceptrice et interprète Jeanne Candel. On n’en saura pas plus sur le(s) pourquoi du comment, si ce n’est qu'en tauromachie « la Demi-Véronique est le nom d’une passe durant laquelle le torero absorbe le taureau dans l’éventail de sa cape (…) Comme le soupir en musique, c’est une pause, une suspension à partir de laquelle tout peut recommencer et se transformer ». Il y a en effet un air de famille entre cette accumulation de signes et d’images en noir et blanc dont chacun pourra tirer son propre scénario et la saturation de rythmes et d’atmosphères qui font de la 5ème une des Symphonies de Mahler les plus séduisantes en détails (l’Adagietto « de » Mort à Venise) et les moins immédiatement accessibles dans leur globalité. On se dit même, quand les lumières se rallument sur le plateau transformé en champ de bataille, que ce délire tragico-burlesque apparemment hors-sujet en dit plus long sur Mahler et sa 5ème Symphonie que bien des commentaires savants. 
François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, jusqu’au 17 novembre. Scène Nationale de Brive/Tulle le 5 mars 2019. Théâtre de Nîmes, les 20 et 21 mars 2019
(Photo © Jean-Louis Fernandez)