Vendredi 3 avril 2020
Concerts & dépendances
vendredi 13 décembre 2019 à 01h03
A l’Opéra Comique, reprise dix ans après d’un succès maison : Fortunio d’André Messager dans la mise en scène de Denis Podalydès et sous la baguette de Louis Langrée, avec une distribution (presque) entièrement renouvelée. Un spectacle indémodable à force d’être classique, si ce n’est que le sociétaire Podalydès, qui connait ses classiques et en particulier Le Chandelier d’Alfred de Musset d’où l’ouvrage est tiré, a tenté de retrouver, sous l’aimable musique de Messager et le livret mélancolico-boulevardier des rois du boulevard Caillavet et Flers, un peu du sourire  douloureux qui est la signature de Musset. Il a pensé aussi (déclare-t-il) au cinéma de Jean Renoir et de Max Ophuls, dont cette histoire de timide clerc de notaire amoureux de la femme de son patron, que celle-ci et le militaire qui la courtise vont utiliser comme "chandelier" (on dirait aujourd’hui "fusible") vis-à-vis du mari jaloux, sort revigorée. Revigorée aussi par Langrée et l’Orchestre des Champs-Elysées la « conversation en musique » - ou « comédie lyrique », créée in loco en 1907 - que Messager, roi de l’opérette raffinée mais aussi grand chef « sérieux », a parsemée de fugaces évocations sans abdiquer son sens de l’air que l’on retient et du rythme qui vous obsède. Avec Jean-Sébastien Bou, toujours savoureux en séducteur trop sûr de lui, les nouveaux venus Cyrille Dubois et Anne-Catherine Gillet forment le trio dont Langrée a dû longtemps rêver, depuis ses premières armes dans l’œuvre en… 1987 sous la houlette de John Eliot Gardiner (Lyon – CD Erato). Acclamations d’une salle pleine, bravant la grève des transports et les intempéries. 
François Lafon 

Opéra Comique, Paris, jusqu’au 22 décembre. Diffusion ultérieure en différé sur France Musique (Photo © Stéphane Brion)

jeudi 5 décembre 2019 à 11h39
A chaque stage du Jeune Orchestre de l’Abbaye, qui rassemble à Saintes des étudiants en dernière année d’un conservatoire, le défi est de taille : une semaine pour travailler une œuvre, avant de la donner en concert. Cette fois-ci, c’était Un Requiem allemand de Brahms, sous la direction de Raphaël Pichon, avec la Maîtrise de Notre-Dame de Paris, le jeune chœur de Paris, et un concert de clôture à La Seine musicale à Boulogne-Billancourt. D’emblée, on sent, chez Raphaël Pichon, sa passion pour les voix : il les dirige comme s’il les sculptait, à mains nues, penché vers les choristes, avec un moment de silence avant et après chaque partie, comme sil voulait suspendre le temps. Le chœur déploie ainsi avec ferveur les sonorités funèbres de ce Requiem poignant dont les ténors et les basses accentuent la gravité. Parmi les musiciens de l’orchestre, quelques pupitres semblent parfois ne pas parvenir à la sérénité (les bois par exemple), mais, dans cette partition difficile, le Jeune Orchestre se montre à son avantage, même si certaines respirations auraient pu gagner en clarté. Quant aux solistes, ils illuminent cette interprétation de leur talent : Edwin Fardini est un baryton au phrasé d’une grande finesse, capable de puissance et de nuances ; Jeanine de Bique, avec son timbre magnifique, susurre les inquiétudes de Brahms d’une manière prenante. L’ovation finale et les sourires des musiciens en train de se photographier sur scène montrent que le pari a été gagné.
Gérard Pangon
 
La Seine musicale 2 décembre. (Photo © DR)
 
Grand amateur d’opéra au point d’en parsemer tous ses films, l'Américain James Gray réalise ici sa première mise en scène lyrique. Dès l’ouverture, le tempo est donné : incisif, rapide, pétillant, coloré rendant parfaitement l’agitation et l’esprit de cette folle journée qui oscille entre la comédie, le drame et la colère. En suivant à la lettre les intentions dramatiques du livret de Da Ponte sans jamais y imprimer ses propres mécanismes, James Gray réussit une mise en scène limpide, animée jamais ennuyeuse. Par le soin qu’il attache aux gestes et aux attitudes de chaque chanteur il met en lumière l’enjouement et la sincérité de Susanne et de Figaro, la mélancolie et la détresse de la Comtesse, la raideur et la jalousie du Comte comme son mépris des paysans, la rouerie de Basilio…
La distribution vocale parfaitement homogène place cette production des Noces de Figaro au rang des meilleures : la ligne de chant de Stéphane Degout traduit remarquablement la noblesse et la grandeur, même dans les situations où Almaviva se couvre de honte c’est à dire quasiment en permanence. Ses prestations scénique et vocale dominent l’ensemble d’une distribution brillante au sein de laquelle Robert Gleadow, Figaro aussi enjoué que rusé et Anna Aglatova, Susanne espiègle et vive au timbre chaleureux, affichent leur joie de chanter d’un bout à l’autre de l’opéra. Et l’état psychologique dans lequel se trouve chaque personnage est traduit avec acuité par Paolo Zanzu qui improvise au pianoforte.
Dans le foisonnement des ensembles et des passages d’orchestre seul, Jérémie Rhorer excelle : son discours respire toujours, même dans l’effervescence, et le mouvement qu’il imprime cette œuvre ne faiblit pas d’un bout à l’autre. La justesse de sa direction nous entraîne dans les méandres de l’émotion pure.
François Piatier
 
Paris Théâtre des Champ-Elysées, 1er décembre 2019 (Photo © Vincent Pontet)
 
3, 5, 7 et 8 décembre 2019 au Théâtre des Champs-Élysées (Paris)
Du 31 janvier au 9 février 2020 à l'Opéra national de Lorraine (Nancy)
Retransmission au MK2 Bibliothèque, MK2 Quai de Loire et MK2 Odéon le 6 décembre à 20h
Diffusion sur France 5 le samedi 14 décembre 2019 à 22h30
Diffusion sur France Musique le samedi 28 décembre à 20h