Dimanche 23 juin 2024
Concerts & dépendances
dimanche 24 septembre 2023 à 09h35
Nouveau Lohengrin à l’Opéra de Paris-Bastille, cinq ans après la sombre relecture du metteur en scène Claus Guth avec Jonas Kaufmann dans le rôle-titre (voir ici). Cette fois c’est le polyvalent et dissident russe Kirill Serebrennikov qui s’y colle, parant de tonalités non moins menaçantes l’ouvrage dans lequel l’austère Wieland Wagner lui-même avait vu un « conte en bleu ». La légende du Chevalier au cygne s’y prête il est vrai, métaphore de l’Artiste descendant parmi les humains imparfaits pour rétablir une impossible justice. C’est à une réflexion sur la guerre, le mensonge, la manipulation des esprits, la peur de l’inconnu véhiculée par ce sauveur qui ne peut révéler son nom que nous convie Serebrennikov. Sans renier les us et techniques du regietheater dont il est l’héritier (scènes et écrans multiples, filmage en temps réel), il parvient à en contourner les tics et conventions pour imposer une esthétique personnelle, sans toujours échapper à la surcharge visuelle et sémantique à laquelle se prête l’exercice. Quatre étapes : le délire (le monde de l’héroïne Elsa), la clinique psychiatrique et l’hôpital (incontournables du genre), la guerre.  Des images s’imposent (les hommes cygnes, les doubles d’Elsa), et l’on voudrait que le spectacle entier ait la force du film intriguant projeté pendant le prélude du premier acte (le prince héritier poussé à la noyade par un bras anonyme). Beau plateau, dirigé par le chef Alexander Soddy, remplaçant Gustavo Dudamel démissionnaire de son poste à l’Opéra avec beaucoup d’enthousiasme mais un résultat aléatoire. Face à l’émouvante Johanni van Oostrum (Elsa), Piotr Beczala (Lohengrin) prolonge avantageusement la tradition des habitués du répertoire latin s’essayant à Wagner via le plus « belcantiste » de ses héros, tandis que  Wolfgang Koch (Telramund) et Nina Stemme (Ortrud) interviennent en spécialistes, cette dernière s’appuyant sur sa voix toujours phénoménale pour camper la méchante sorcière devenue ici infirmière prête à tout. Solidement préparé, le chœur vient vaillamment à bout d’une tâche encore alourdie par les mouvements compliqués imposés par la mise en scène.
François Lafon
Opéra de Paris – Bastille, jusqu’au 27 octobre - En direct le 24 octobre sur la plateforme de l’Opéra et en différé sur Medici TV à partir u 1er novembre - En différé sur France Musique le 11 novembre

Photo : Lohengrin 23-24 © Charles Duprat - OnP
 
dimanche 17 septembre 2023 à 00h07
Ouverture de la saison à l’Opéra de Paris – Bastille avec Don Giovanni de Mozart. Reléguées les relectures iconoclastes signées Dominique Pitoiset (schématique), Michael Haneke (brillant) et Ivo Van Hove (plus terne) : c’est la « production devenue un classique » (explique le programme) de Claus Guth (Salzbourg 2008) qui est cette fois convoquée au chevet de l’« opéra des opéras » (selon Hoffmann). Soit deux junkies dont l’un semble au service de l’autre. Altercation dans un sous-bois avec un homme qui blesse mortellement le maître. C’est à cette agonie que nous assistons, croisant des fragments de vie du mourant (dont une noce, une maîtresse, une épouse, des fêtards chics). Véritable vedette du spectacle : la forêt elle-même (signée Christian Schmitt), subtilement éclairée, se déplaçant sur une tournette. En 2008, cet ingénieux palimpseste relevait de façon originale le défi à la fois essentiel et pratique de l’ouvrage, à savoir donner une logique à cette fuite immobile d’un homme poursuivi. Quinze ans de regietheater et d’électrochocs warlikowskiens plus tard, l’effet s’est un peu émoussé, surexposant l’arbitraire de la proposition. C’est peut-être aussi que dans la fosse, le chef Giancarlo Rizzi se dépense sans compter mais peine à organiser cette course à l’abîme. Dominée par le baryton-basse américain Kyle Ketelsen - œil de loup et voix mordante -, la distribution à la manœuvre ce soir (deux casts, chefs compris, se mélangent au gré des représentations) est inégale, faisant la part belle aux messieurs : ovation pour Cyrille Dubois (Ottavio) dans un « Dalla sua pace » d’anthologie, beau succès pour la basse roumaine Bogdan Talos (Leporello) et le jeune baryton français Guilhem Worms (Masetto). 
François Lafon
Opéra National de Paris – Bastille, jusqu’au 12 octobre 
Photo : Don Giovanni 23-24 Cast © Bernd Uhlig - OnP
 

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