Lundi 26 octobre 2020
Concerts & dépendances
Saul de Handel au Châtelet, escale parisienne inespérée
vendredi 24 janvier 2020 à 01h23
Enclave lyrique dans la programmation désormais éclectique du Châtelet : Saul de Handel mis en scène par Barrie Kosky, créé au festival de Glyndebourne 2015. Un spectacle précédé d’une plus que flatteuse réputation, passé par Houston (Texas) et Adelaïde (Australie) et filmé en 2016 (DVD Opus Arte). Une escale parisienne inespérée donc, en attendant (dans quel théâtre ?) une reprise des Boréades de Rameau (voir ici), merveille plus aboutie encore et relevant de la même esthétique (Kosky est volontiers inattendu : cf le récent Prince Igor à l’Opéra Bastille – voir ). Une gageure a priori que cet oratorio, même si le propos (la jalousie morbide du roi d’Israël vis-à-vis du jeune David qui sera son successeur, cercle affectif infernal incluant les deux filles de Saül et son fils Jonathan, ami de cœur de David) et le style musical (séquences rapides, structure plus souple que l’alternance air - récitatif) se prêtent davantage à la scène que bien des opéras du même Handel. Un tour de force tout de même, ponctué d’images folles (l’orgue de chambre jaillissant d’un champ de chandelles) et de grands moments de théâtre, telle l’invocation shakespearienne (on pense à Macbeth) de l’esprit du prophète Samuel prédisant la mort de Saül et de Jonathan. Formidable direction d’acteurs, génie des groupes et des mouvements, chœurs et danseurs mêlés peuplant un espace vide alla Peter Brook, sable noir au sol et double table géante où l’on festoie et se torture. Plateau mené par le grandiose baryton Christopher Purves (anthologiques « I am the king » à la fin du deuxième acte !) et le faussement frêle contre-ténor Christopher Ainslie - tous deux de la distribution originelle -, duo féminin équilibré (Karina Gauvin la méchante soeur, Anna Devin la gentille), autre duo on the edge (David Shaw remplaçant au pied levé Benjamin Hulett en Jonathan et le choriste Daniel Mullaney prêtant sa voix en play back au fellinien Stuart Jackson, aphone ce soir), chœur impeccable formé pour l’occasion et Talens Lyriques à la hauteur de leur réputation, sans Christophe Rousset mais avec le très haendelien Laurence Cummings dosant savamment la noblesse du genre et l’hystérie du sujet.
François Lafon 

Châtelet, Paris, jusqu’au 31 janvier (Photo © Patrick Berger)

 

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