Lundi 20 janvier 2020
Concerts & dépendances
Yuri Temirkanov, la rose et la flèche
vendredi 15 février 2013 à 01h54

A Pleyel, Yuri Temirkanov dirige l’Orchestre de Paris dans Prokofiev, Tchaikovski et Moussorgski. Mise en scène sonore très personnelle, gestique unique, la plus étonnante depuis celle de Carlos Kleiber. Donnant les départs comme on jette une rose ou comme on lance une flèche, Temirkanov distribue les rôles, sculpte les phrases, suspend le temps, mime la musique. Contrastes détonants dans Lieutenant Kijé, où Prokofiev peaufine son art de musicien de cinéma, couleurs violentes des Tableaux d’une exposition, où l’orchestration de Ravel ne parvient pas, pour une fois, à franciser la véhémence moussorgskienne, raffinements capiteux des Variations rococo de Tchaikovski, dont la violoncelliste Alisa Weilerstein tient la partie soliste comme un funambule sur son fil. Temirkanov obtient de l’orchestre des sonorités un peu vertes, proches de celles du Philharmonique de Saint-Pétersbourg dont il est le directeur depuis la mort d’Evgeni Mravinski (1988). « La direction d’orchestre ? Un métier qu’on n’apprend pas », affirmait Carlo Maria Giulini. Un phénomène qu’on n’explique pas, en tout cas, que celui de ce chef dont l’art passe mal au disque, mais dont les concerts sont des expériences à nulle autre pareilles.

François Lafon

Salle Pleyel, Paris, 13 et 14 février Photo © DR