Dimanche 25 août 2019
Concerts & dépendances
Un moment de vie avec Aldo Ciccolini
jeudi 19 mai 2011 à 16h34

A 86 ans, Aldo Ciccolini fait se presser les auditeurs comme à un dernier rendez-vous, tout le monde le pense, personne ne le dit. Mais comme le pianiste n’est pas du genre à utiliser l’astuce des concerts d’adieux répétés d’année en année, celui de ce soir, loin d’être un au revoir, est juste un moment de vie où jeunesse et vieillesse se rejoignent, qu’il y ait ou non encore quelque chose à prouver. Et cela s’appelle : la sagesse. A voir Aldo Ciccolini parcourir la scène, d’un pas à la fois mesuré et assuré et débuter la sonate Alla Turca de Mozart la K331, c’est bien sur le monde de l’enfance que s’ouvre ce programme, avec une émotion dénuée d’emphase, en un récit qui unit l’innocence juvénile et l’expérience de la grande maturité. Et soudain, le pont aux ânes qu’est devenue la Marche Turque est restituée comme un morceau jubilatoire et inventif. La sonate Alla Turca apparait ainsi comme le prélude d’une sonate moins éclatante, plus intime, pourtant contemporaine la K333. Moments de grâce… A l’entracte, immanquablement, on s’interroge : après des Mozart passés si remarquablement, quid de Liszt ? Liszt subit le même traitement, avec la virtuosité en plus. La technique est là, sans effort apparent, dégraissée tout comme dans les deux sonates précédentes, débarrassant Liszt des travers dont il est si souvent affublé. Les deux Paraphrases (d’Aida et de la Mort d’Isolde) se déroulent comme un ample tableau familier que l’interprète jouerait chez des amis de longue date, tandis que les Harmonies poétiques et religieuses terminent le programme sur la solitude de l’être endolori par la vie, et Aldo Ciccolini semble s’y fondre lui-même. Deux bis (un nocturne de Chopin et une danse de Granados) font retomber la tension, mais s’élever la salle dans une standing ovation à l’image du concert : émouvante et spontanée.


Albéric Lagier

Theâtre des Champs-Elysées 18 mai 2011