Vendredi 23 août 2019
Concerts & dépendances
Un Don Giovanni vertigineux
mercredi 1 mai 2013 à 15h01

Ce Don Giovanni-là, mis en scène par Stéphane Braunschweig, est tout entier sorti des souvenirs de Leporello. Don Giovanni est montré gisant pendant l’ouverture, et les deux actes se déroulent comme un seul et cinglant mouvement vers la mort. Une marche irrésistible animée par la force centrifuge du désir charnel et celle centripète de la morale, qui balaie tout dans sa progression. La génération des années 60 - mais pas seulement elle -, revivra les années 80 avec ce Don faisant office de charge virale insidieuse. Décors dégraissés de tout superflu, plateau tournant répondant aux visions de ce Leporello axial dont la tête n’aura jamais autant tourné. La froide sensualité d’un Hopper et celle, acide, d’un Hogart se côtoient dans une même célébration de l’énergie destructrice de la libération sexuelle, et la crispation de ceux qui, même tentés, s’y refusent. Cette danse macabre et lumineuse est servie par une distribution jeune et unie. Elle est animée par une direction orchestrale (Jérémie Rhorer et Le Cercle de l'Harmonie) elle aussi moins soucieuse de grâce que d’efficacité. Tous naviguent dans les extrêmes en évitant les écueils de l’excès. Le sextuor final affirme achève de poser l’ouvrage comme un Requiem de la Liberté doublé d’un Magnificat de la Morale.

Albéric Lagier

Théâtre des Champs-Elysées, les 25, 27 et 30 avril, 3, 5 et 7 mai 2013. Rediffusé sur France Musique le 4 mai à 19h00.

Photo © Théâtre des Champs Elysées