Jeudi 23 mai 2019
Concerts & dépendances
The Beggar’s Opera, mise en abyme
dimanche 22 avril 2018 à 01h04
Aux Bouffes du Nord, The Beggar’s Opera (L’Opéra des gueux), « ballad opera » de John Gay et Johann Christoph Pepusch. « La première comédie musicale » (1728) selon le metteur en scène Robert Carsen, qui en a établi avec son dramaturge Ian Burton une version actualisée « dans le sens de ce que Peter Brook a élaboré dans son propre travail de condensation sur l’opéra, de Carmen à La Flûte enchantée » … déjà aux Bouffes du Nord et au cinéma avec le même Beggar’s Opera (1953). Une mise en abyme sophistiquée, le public actuel connaissant mieux L’Opéra de quat’sous – géniale mouture 1930 signée Bertolt Brecht et Kurt Weill -, celle-ci, dont l’idée est due à Jonathan Swift (« Que diriez-vous, d'une pastorale qui se déroulerait à Newgate parmi les voleurs et les putains ? ») se donnant comme contemporaine (on y parle de Brexit et l’on manie mobiles et tablettes) tout en conservant la musique originelle, recueil de chansons connues (à l’époque), interprétées en toute authenticité par Les Arts Florissants. A la fable politique et morale (tous pourris, mais les lendemains peuvent chanter) de Brecht, Carsen et Burton substituent un cynisme « no future » qui nous parle davantage … et rejoint l’œuvre originale. Un véritable musical en effet, sans temps morts et réglé comme à Broadway, où tout le monde chante, danse et joue la comédie avec une aisance toute anglo-saxonne, dans un univers de boîtes en carton (où dorment les pauvres et où les profiteurs entassent les marchandises), grand jeu de massacre où seul paie le chacun pour soi et au milieu duquel trône la corde à laquelle échappe le truand Mackie, lequel finira au gouvernement en compagnie de la pègre qu’il a lui-même truandée. Salle bondée, succès particulier pour Mr et Mrs Peachum (Robert Burt et Beverly Klein) en Thénardier florissants, pour Benjamin Purkiss, Mackie inattendu aux allures de James Dean et à l’accent cockney, pour Florian Carré (remplaçant ce soir William Christie) et pour la dizaine de musiciens qui parent cette grinçante histoire d’harmonies melliflues ajoutant encore à l’ironie qui en fait le sel. 
François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, jusqu’au 3 mai. Tournée (à ce jour) en France, Suisse, Italie, Grande-Bretagne, Grèce et Luxembourg jusqu’en 2020 (Photo © Patrick Berger)