Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
Saintes 2018 - 2 : Lucile Richardot, la part des anges
dimanche 22 juillet 2018 à 16h48
De Saintes à Cognac, il n’y a qu’un pas, à peine trente kilomètres. Et les dégustations y sont du même ordre. Quand Lucile Richardot apparaît, drapée dans une robe cramoisie qui lui donne l’allure d’une déesse, on a déjà le pressentiment d’avoir affaire à un grand millésime : la couleur, la majesté, les ondes mystérieuses qui semblent se dégager. On ne présente pas grand cognac dans un environnement banal.
A la première des mélodies que Lucile Richardot nuance avec une attaque tout en douceur et un timbre d’une extrême chaleur, on est convaincu : ce nectar ne ressemble à rien. Conçu avec la mezzo par Sébastien Daucé, le maître de chai, il assemble les œuvres de compositeurs anglais du XVIIème siècle, qui, pour la plupart, poursuivirent leur chemin dans la clandestinité au moment du puritanisme de Cromwell, d’où l’atmosphère morose de cette « musique à domicile » souvent jouée en privé. « Musique, le maître de ton art est mort et avec lui, toutes tes douceurs se sont enfuies, » dit une chanson de William Lawes, qui résume les douleurs des musiciens de l’époque.
Pour goûter, il faut prendre son temps. Dans un jeu de mise en place soigneusement orchestré, Lucile Richardot se fond avec les autres chanteurs de l’ensemble Correspondances, perce insensiblement, se détache, se déplace, se retrouve en soliste. Les arômes se révèlent, elle se lamente (O precious Time, de Martin Peerson) ou elle vitupère (Go perjured man, de Robert Ramsey), et la manière raffinée dont elle distille les finales reste longtemps dans les oreilles comme un grand cognac persiste en bouche.
Tout l’ensemble Correspondances finit en beauté avec Sing, sing ye Muses de John Blow, une chanson rythmée, qui annonce un autre temps, celui du théâtre (Purcell) et d’une musique au grand jour. De quoi vous laisser une impression de bonheur retrouvé. Comme si on avait réussi à goûter la part des anges.

Gérard Pangon

(Photo © Léa Parvéry)