Vendredi 23 août 2019
Concerts & dépendances
Saintes 2018 - 1 : Rameau et Vox Luminis
vendredi 20 juillet 2018 à 17h03
A l’époque de Louis XIV et de Louis XV, les grands motets, c’est du sérieux : ils font partie de la vie de cour, précèdent la messe quotidienne, et sont empreints d’une majesté qui peut aller jusqu’à l’emphase. Question solennité, le festival de Saintes fait fort, lui aussi, mais pas tout à fait de la même façon qu’au Grand Siècle : Rameau : Grands motets pour solistes, chœur, orchestre & klaxons (cris optionnels), indique-t-il dans le programme parce que ce 15 juillet, dans la cour de l’abbaye, un grand écran diffuse la finale de la Coupe du monde de foot. Le match a lieu à l’heure de la répétition, quelques musiciens de Vox Luminis suivent l’évolution du score sur leurs smartphones, Lionel Meunier brouille le tempo en annonçant que la France mène 1 à 0, puis Reinoud van Mechelen refroidit tout le monde en susurrant 1 – 1.
Au moment du concert, l’affaire est pliée. Celle du foot et celle de Rameau. Si l’équipe de France a joué sur la défensive, Vox Luminis s’est montré génialement offensif. La musique de Rameau est une musique d’échanges et de mouvements qui convient particulièrement bien à l’ensemble : les flûtes s’agitent, ou les hautbois, ou les bassons, les chanteurs se succèdent en solo, par deux par trois par quatre ou en chœur complet, (ce qui chez Vox Luminis ne représentent pas plus d’une quinzaine de chanteurs) avec une extraordinaire manière d’écouter les autres ou bien de se fondre dans le groupe, fruit d’un magnifique travail de mise en place.
Composés à la fin des années 1710 par le jeune Rameau, ces grands motets sentent le Grand siècle mais ressemblent à des terrains d’expérimentation pour ses opéras à venir, avec une grande variété de rythmes et une recherche de timbres et de couleurs. On comprend alors pourquoi ils ont séduit Vox Luminis qui les interprète si bien : comme Rameau, Lionel Meunier aime la fougue, les élans, les contrastes, les belles voix et les instrumentistes chaleureux.
Gérard Pangon
 
Saintes 15 juillet (Photo © Léa Parvéry)