Vendredi 3 avril 2020
Concerts & dépendances
Sacré Sacre avec Salonen
mardi 11 juin 2013 à 22h23

Pour Esa-Pekka Salonen, il était dans l’ordre des choses de célébrer au même concert le centenaire du Sacre du Printemps et celui de Witold Lutoslawski - un compositeur qu’il affectionne - avec sa Musique funèbre pour orchestre à cordes de 1958, à la mémoire de Bartók. Après un concerto en sol de Ravel largement centré sur le rythme (avec Hélène Grimaud), c’est bien dans leSacre qu’on attendait Salonen. On peut exécuter l’ouvrage de façon « moderniste », en insistant sur ses débauches de rythmes et ses arêtes sonores dures. Tout cela était très présent, mais Salonen ne s’en est pas tenu là. Il en a fait ressortir aussi la dimension harmonique, le côté « tachiste » : accords dissonants appuyés, utilisés comme des couleurs tranchées. Et si les solos instrumentaux ont reçu tout leur dû, grâce notamment à des timbales tonitruantes lâchant des notes aussi bien que des sons, l’orchestre dans sa plénitude est plus que jamais apparu comme une extension de l’orchestre symphonique classique, par-delà son abondance de bois et de cuivres et ses percussions si actives. Cet orchestre - en l’occurrence le Philharmonia - résonnait en profondeur, agité de l’intérieur, multidimensionnel, dépassant en quelque sorte l’argument du ballet, dont pourtant Salonen rappelait l’existence par certains gestes du corps, par exemple se penchant en avant. Un spécimen de la maîtrise du chef ? Cette  sonorité de cor coupée net à la fin de la première partie, qui tint la salle en haleine. Un Sacre vraiment impressionnant, accueilli avec un enthousiasme rare.

Marc Vignal

Théâtre des Champs-Elysées, 10 juin 2013  Photo © DR