Jeudi 18 juillet 2019
Concerts & dépendances
Royaumont au Musée d’Orsay : Britten, casse-tête formateur
mardi 6 juin 2017 à 18h09
A l’auditorium du musée d’Orsay, les Lauréats de la Fondation Royaumont, coachés par le ténor Ian Bostridge et le pianiste Sebastian Wibrew, célèbrent The Ceremony of innocence, mélodies de Benjamin Britten. Tout un univers - ou plutôt des univers, variés et polyglottes : cycles de combat (Our Hunting Fathers), d’exaltation (Les Illuminations de Rimbaud), d’amour (Sonnets de Michel-Ange), Cabaret Songs et Folksongs, hommages à Pouchkine et Hölderlin. Un corpus d’autant plus déroutant que la patte brittenienne, plus évidente dans ses opéras et ses œuvres de chambre, y est insidieuse, comme pour mieux surprendre l’auditeur, lui faire perdre ses repères, l’empêcher de fermer les yeux sur le scandale universel qui sous-tend toute son œuvre : la perte de l’innocence, la corruption des âmes enfantines. Pour les interprètes, un casse-tête formateur : Amelia Feuer, Américaine installée en France, technique sûre et expression franche, parvient presque à casser le vernis néoclassique du cycle On this Island ; Clément Debieuvre, voix blanche à l’anglaise dans la lignée de Peter Pears (« le » ténor brittenien) et de Bostridge, négocie au plus près les ruptures de ton de Winter Words (poèmes de Thomas Hardy évoquant, justement, l’enfance corrompue), tous deux coiffés au poteau par Eléonore Pancrazi (photo) beau timbre de mezzo et talent naturel de comédienne, chez elle dans le Britten (trompeusement) léger de Tit for Tat et des Cabaret Songs. Avec chacun d’eux, la pianiste Madoka Ito semble être une autre, qualité en l’occurrence très brittenienne. Un échantillon en tout cas du travail de ruche effectué toute l’année à Royaumont, et un avant-goût du festival copieux et luxueux qui justifiera, du 2 septembre au 8 octobre, le voyage jusqu’à cet eldorado culturel niché au plus secret du Val-d’Oise. 
François Lafon

Auditorium du Musée d’Orsay, Paris, 6 juin (Photo © DR)