Dimanche 26 mai 2019
Concerts & dépendances
Poppée, régime minceur
dimanche 8 juin 2014 à 00h17

Au Palais Garnier, Le Couronnement de Poppée dans la mise en scène de Bob Wilson, en co-production avec la Scala de Milan. Au prologue de ce chef-d’œuvre fleuve, dernier de Monteverdi (aidé de quelques confrères) et premier (1642) à s’inspirer de l’Histoire, on voit la Fortune et la Vertu coiffées au poteau par l’Amour, moteur des passions humaines. Or Wilson et le chef Rinaldo Alessandrini semblent s’employer à prouver le contraire. Le premier séduit toujours par son génie de scénographe et d’éclairagiste, mais son spectacle est figé dans la stricte observance de sa doxa personnelle : chanteurs face à la salle, gestuelle codée, déplacements symétriques. Aucune folie, très peu d’érotisme, plus rien de l’hystérie qui mènent Néron et sa cour revus par le Seicento, plus grand-chose non plus du mélange des styles qui a valu à l’ouvrage le qualificatif de shakespearien. Reste une démonstration clinique de la leçon - toujours actuelle : « Fréquenter les princes est affaire périlleuse. L’amour et la haine n’ont pas de prise sur eux : seul les affecte leur intérêt ». A la tête de son très raffiné Concerto Italiano, Alessandrini opte lui aussi pour le régime minceur : orchestration minimale, élans lyriques bridés, mise en avant du texte. Les chanteurs trouvent plus ou moins leurs aises dans un tel carcan : Néron éteint (le ténor Jeremy Ovenden), Poppée concentrée sur ses beautés vocales (Karine Deshayes), Sénèque ni très philosophe ni très politique (Andrea Concetti), mais Drusilla rayonnante (Gaëlle Arquez) et Octavie délicieusement venimeuse (Monica Bacelli).

François Lafon

Opéra National de Paris, Palais Garnier, jusqu’au 30 juin. En direct sur France Musique le 14 juin Photo © DR