Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Pierrot lunaire : Schönberg, le Yin et le Yang
mardi 28 mars 2017 à 00h31
Deux fois Pierrot lunaire de Schönberg : adaptation scénique au théâtre de l’Athénée, version de concert aux Bouffes du Nord (dans le cadre de La Belle Saison – vingt lieux en France et à l’étranger). Deux œuvres différentes, presque. A l’Athénée, les trois fois sept mélodrames (1912) pour voix, piano, flûte, clarinette, violon et violoncelle sur des poèmes (traduits en allemand) du symboliste belge Albert Giraud se doublent d’une action japonaise réglée par Jean-Philippe Desrousseaux : marionnettes traditionnelles de théâtre bunraku sur fond de Lune immense, ensemble instrumental surélevé (Musica Nigella) dirigé par Takenori Nemoto (en kimono), interprétation musicale plus conte oriental que cabaret berlinois, mélodie parlée (Sprechmelodie) strictement schönbergienne mais assez legato de la mezzo Marie Lenormand. Une atmosphère onirique un peu compromise par un certain … manque de legato dans le maniement des marionnettes et des accessoires (ombrelle, éventails), et préparée, sans solution de continuité, par une exécution élégamment illustrée de calligraphie-vidéo des Quatorze façons de décrire la pluie, musique de film (de Joris Ivens), composée en 1941 par Hanns Eisler en hommage à son maître Schönberg.
Aux Bouffes, tout le contraire : première partie Schubert (Rondo brillant) / Brahms (1er Trio avec piano), comme un « avant » dont Pierrot lunaire sera l’« après » radical : exacerbation des rythmes et des timbres, narration plus « Sprech » que « melodie » de Marion Tassou – l’autre schönbergienne Française que les directeurs se disputent. Atmosphère militante, expressionnisme virtuose de l’ensemble dirigé du piano par Jean-François Heisser, où se distinguent le violoncelliste Victor Julien-Laferrière (déjà remarquable dans Brahms) et la flûtiste Kaisa Kortelainen. A venir (web-série et concert) sur le site la-belle-saison.com. Version Athénée jusqu’au 31 mars, pas d’enregistrement prévu, donc pas de confrontation a posteriori des deux options. Dommage : à qualité égale…
François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 31 mars (Photo © DR)