Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
Philippe Herreweghe, le combat continue
mercredi 9 novembre 2011 à 08h58

A l’Oratoire du Louvre, dans l’excellente série des concerts Philippe Maillard, Philippe Herreweghe dirige le Collegium Vocale de Gand, qu’il a créé il y a quarante ans. Au programme, deux motets de Roland de Lassus et l’Office des défunts de Tomas Luis de Victoria. Musiques austères et magnifiques : l’apogée de la polyphonie Renaissance pour exalter la délivrance par la mort. Dans ce temple calviniste, ancienne église où ont été chantées les messes d’enterrement de Richelieu et d’Anne d’Autriche, les treize solistes sont comme désincarnés, invisibles presque, présents seulement par leurs voix, incroyablement précises et expressives, qui habitent l’espace plus qu’elles ne le remplissent. A voir Herreweghe retrouver son premier métier de chef de chœur, avec sa gestique bien à lui, on se revoit à Saint-Etienne-du-Mont, le 15 mars 1980. Une mini-baguette à la main (un crayon ?), le jeune Belge réinventait la Passion selon Saint Matthieu, comme William Christie et Jean-Marie Villégier réinventeront l’Atys de Lully, sept ans plus tard. Moments d’histoire. Ce soir, public jeune, pour qui la révolution baroque n’a pas été un combat. Herreweghe, lui, continue la lutte.

François Lafon

Photo © Olivier Debien