Mardi 21 mai 2019
Concerts & dépendances
Phèdre, Ajax, superbe continuité
jeudi 18 mai 2017 à 00h18
A l’Athénée, suite (Phèdre) et fin (Ajax) de la Trilogie des éléments (un par semaine) selon Yannis Ritsos (poète), Enrico Bagnoli (metteur en scène) et Marianne Pousseur (interprète). Après Ismène (voir ici), spectacle fondateur, un  apparent assagissement : traitement musical de Marianne Pousseur elle-même, succédant à Georges Aperghis, grand spécialiste de la musicalisation textuelle (et de la textualisation musicale), environnement visuel tout aussi raffiné mais moins inventif. Véhémence égale cependant : dans la peau - ou en porte-parole - de Phèdre (le feu), et d’Ajax (l’air), l’interprète sollicite moins ses extraordinaires possibilités vocales, mais n’en transmet que mieux le génie de Ritsos, quotidien et mythique, victime des dictatures modernes (Metaxas, les Colonels) retrouvant du fond de sa prison l’inspiration des grands anciens. Superbe continuité aussi, le drame d’Ajax, héros de la force primaire distancé – une révolution dans l’histoire de la civilisation - par l’habileté d’Ulysse, rejoignant ceux, immémoriaux, d’Ismène et de Phèdre, télescopant temps mythiques et temps modernes en un raccourci virtuose. Belles interventions musicales enfin, rendant hommage à Aperghis autant qu’à Mikis Theodorakis - ami, inspirateur et compagnon politique de Ristos -, le tout mis en espace avec un soin tout ircamien. Orage homérique ce soir de première, transformant la cage de scène en instrument à percussion avec une remarquable justesse musicale : « La tragédie, c’est l’histoire de larmes », aimait à rappeler Antoine Vitez.
François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 20 mai (Photo © DR)