Samedi 26 novembre 2022
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Opéra Comique : Les Eclairs, retour aux fondamentaux
mardi 2 novembre 2021 à 23h58
Création à l’Opéra Comique de Les Eclairs, « drame joyeux » (« dramma giocoso », comme Don Giovanni ?) de Philippe Hersant sur un livret (et d’après le roman) de Jean Echenoz. C’est l’histoire pas si joyeuse du savant fou Nikola Tesla (1856-1943), développeur entre autres du courant alternatif, se donnant à juste titre comme bienfaiteur de l’humanité mais incapable de faire fructifier ses idées, lesquelles seront exploitées par plus réalistes que lui, le peu scrupuleux Thomas Edison en tête. Un sujet dans l’air du temps, alors que la pièce La Machine de Turing (autre génie « différent » et méconnu) tient l’affiche à Paris depuis plusieurs saisons. Un projet peu commun en plus, le livret étant antérieur à la musique, elle-même composée par Philippe Hersant durant le premier confinement en 2020. Mais l’ensemble se tient et témoigne - après tant d’années de déconstruction de l’opéra - de l’actuel retour aux fondamentaux du genre, fussent-ils revisités : citations bien choisies et échos de Broadway pour Hersant, esthétique alla Patrice Chéreau revue par Hergé pour la fluide mise en scène de Clément Hervieu-Léger, montage cinéma (on croirait un scénario) pour le livret d’Echenoz. Air du temps là encore, dans le sillage - toutes proportions gardées - du très cinématographique Innocence de Kaija Saariaho (voir ici). Bravo à Hersant cela dit, que l’on savait musicien-dramaturge depuis son Château des Carpathes d’après Jules Verne en… 1992 : pas une note qui ne soit expressive, sens des timbres (une de ses spécialités) et des masses orchestrales (jamais les chanteurs ne sont couverts), naturel des phrasés (on ne perd pas un mot) et jeu des voix et des instruments évoquant plus d’une fois le meilleur Poulenc. La scène finale, où la musique semble se dématérialiser tandis que Tesla (devenu Gregor, comme dans L’Affaire Makropoulos de Janacek) coupe définitivement les amarres et se perd dans ses rêves d’oiseaux et d’extraterrestres, est un modèle du genre. Plateau sans faille sous la direction vif-argent d’Ariane Matiakh à la tête du Philharmonique de Radio France, avec mention spéciale pour Jean-Christophe Lanièce (Tesla/Gregor), André Heyboer (le méchant Edison) et Marie-André Bouchard-Lesieur (la femme qui tente vainement de faire redescendre le héros sur terre). 
François Lafon 
Opéra Comique, Paris, jusqu’au 8 novembre. En différé sur France Musique le 1er décembre, et ultérieurement sur TV5 et sur le site d’Opéra Vision (Photo © Stéphane Brion)

 

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