Mardi 21 mai 2019
Concerts & dépendances
Monteverdi 1 : Villazón sur le retour dans sa patrie
vendredi 10 mars 2017 à 17h36
Le casting de cet Ulysse de Monteverdi est un cas d’école. Magdalena Kozena (Pénélope) débite sagement sa part et prend des poses de midinette quand on attend d’elle d’être une Reine. Pour Rolando Villazón, on pourrait se poser la question par bienveillance : puisque Pénélope ne reconnaît pas son Ulysse jusqu’au dernier quart d’heure, la Production n’a-t-elle pas voulu que le si allant Ulysse/Rolando de naguère n’ait guère à voir avec ce Rolando/Ulysse sur le retour, de Troie : diction pâteuse, émission des sons en force, timbre rugueux (quoi qu’au premier acte, il s’en sorte plutôt bien). Son jeu scénique est des plus improbables : le faux vieillard est fort agile et danse façon de Funès dans Rabbi Jacob. Mais pour les autres ! Quelle Minerve (Anne-Catherine Gillet), quel Eumée (Kresimir Spicer, qui a fait si bel Ulysse à Aix en 2000), quel Télémaque (Mathias Vidal) ! Et tout le reste de la distribution ! Tous avec des moyens vocaux de premier ordre et un indéniable sens de la comédie. Avec cette brochette de talents, Mariame Clément signe une mise en scène dans laquelle elle n’est jamais mieux que lorsqu’elle semble ne rien faire. Soucieuse de répondre aux situations comiques, elle se prend les pieds dans les grosses ficelles du genre, mais à petites doses. Et une idée, la petite scène incrustée, en hauteur et en retrait, dans la grande scène : bel effet visuel et sonore. Cela pourrait être en écho à l’imbrication du tragique et du comique, qui fait tout le sel du livret de Giacomo Badoaro. Dans la fosse, Emmanuelle Haïm, comme à son habitude, s’agite à tout vent, se déhanche, secoue ses cheveux comme au sortir de la douche, lève les bras au ciel comme adulant son dieu, sous les regards impassibles des musiciens, au demeurant fort peu nombreux. Elle en tire un son étique : c’est qu’elle conçoit le Retour d’Ulysse dans sa Patrie comme un long exercice de basse–continue, entrecoupé de quelques tutti qui semblent surprendre les interprètes eux-mêmes, à en juger par l’approximation des attaques et la pusillanimité d’un percussionniste somnolant jusqu’au troisième acte. La magie du spectacle opère, néanmoins, grâce aux « seconds » rôles et donne une idée du chef d’œuvre qu’aurait pu être cet Ulysse, sans ces défauts de taille.
Albéric Lagier
 
Théâtre des Champs Elysées Paris 9 mars 2017 (Photo © DR)