Lundi 17 décembre 2018
Concerts & dépendances
Maria et Nathalia Milstein, airs de famille
lundi 16 avril 2018 à 23h10
Au couvent des Récollets (Paris Xème), concert des sœurs Milstein dans le cadre des Pianissimes. Deux Lyonnaises d’origine moscovite, l’aînée violoniste (Maria), la cadette pianiste (Nathalia), cette dernière – élève entre autres de Nelson Goerner - considérée à vingt-trois ans comme une « nouvelle grande ». Programme proche de leur CD La Sonate de Vinteuil (Mirare – voir ici), si ce n’est qu’elles ne cherchent plus ici à repérer l’introuvable « petite phrase » proustienne et préfèrent évoquer cette époque donnée comme belle avant d’être balayée par la Grande Guerre : Debussy en première partie (le centenaire, toujours…), Ravel et son maître Saint-Saëns ensuite. Nathalia donne le ton avec deux des trois Estampes – "Soirée dans Grenade" et "Jardins sous la pluie" (1903) : toucher raffiné pour rêver l’Andalousie et faire un clin d’œil à Paris. Atmosphère onirique encore mais plus lourde d’arrières pensées avec la Sonate pour violon et piano (1915), troisième pièce d’un groupe de trois qui devaient être six et s’intituler patriotiquement « Sonates pour divers instruments composées par Claude Debussy, musicien français ». Entente parfaite des deux sœurs pour cet essai d’hommage au passé (Rameau, Couperin) à travers un langage d’avenir. Transition toute trouvée que Le Tombeau de Couperin, où Ravel dit un adieu sans pathos à ses amis morts à la guerre, et auquel Nathalia insuffle la dose nécessaire et suffisante de mélancolie, les soeurs se retrouvant pour une 1ère Sonate de Saint-Saëns où piano et violon se surpassent, sorte de « Kreutzer » fin XIXème contemporaine de la 3ème Symphonie avec orgue, les deux revenant à l’humaine condition avec deux bis délectables d’origine vocale :  la Pièce en forme de Habanera de Ravel et L’Heure exquise de Reynaldo Hahn. Pas seulement une « nouvelle grande » donc, mais d’ores et déjà, deux.
François Lafon

Paris - 16 avril (Photo : Maria et Nathalia Milstein © DR)