Mardi 21 mai 2019
Concerts & dépendances
Magnifique Sibelius par Mikko Franck
lundi 19 juin 2017 à 09h59
Au tournant de 1880 et 1881, Debussy âgé de dix-huit ans compose (pour piano à quatre mains) une symphonie en si mineur et l’envoie à Nadjada von Meck, l’égérie de Tchaikovski, qui l’a engagé comme pianiste-répétiteur. Retrouvé par hasard sept ans après la mort de Debussy, le finale de cette symphonie est orchestré en 2009 par le compositeur anglais Colin Matthews et créé la même année à Rotterdam sous la direction de Valery Gergiev : une curiosité d’un quart d’heure, offerte en hors-d’œuvre par Mikko Franck et le Philharmonique de Radio France lors de leur dernier concert de la saison. Avec son Concerto pour piano n°2 en sol mineur (1913), le plus puissant et le plus provocateur des cinq, Prokofiev se veut à vingt-deux ans enfant terrible de la musique, créateur de scandale. On ne connaît cependant que la version révisée de 1924, avec en son premier mouvement une gigantesque et redoutable cadence de soliste exigeant autant de force que de précision : Alexander Toradze impressionnant. A tout point de vue, sommet après l’entracte, avec la géniale Suite de Lemminkäinen de Sibelius. Dans le Kalevala, Lemminkäinen est Don Juan : séducteur, célèbre aussi pour sa bravoure. La version originale de la suite est de 1896, mais ses deux volets les plus  courts, dont le célèbre Cygne de Tuonela, sont connus par une révision de 1900. Quant aux deux plus longs, Sibelius n’autorisa leur diffusion dans le vaste monde que dans une version de 1939, de treize ans postérieure à son ultime grande partition, Tapiola. On entend - c’est fascinant - un matériau thématique de la fin du XIXème siècle enrichi par la concision et la maîtrise formelle du Sibelius de maturité. Mikko Franck et son orchestre très en situation, poussent la musique de l’avant, sans jamais se perdre en route, avec tout ce qu’il faut d’ampleur, de mystère et de sonorités rudes. Magnifique !
Marc Vignal
 
Auditorium de Radio France, 16 juin (Photo © DR)