Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Lyon : pluridiscipline à la Biennale Musiques en Scène
lundi 21 mars 2016 à 22h03

En l’espace de trois jours passés à Lyon, à l’occasion de sa Biennale autour du thème du « divertissement », il s’agissait d’apprécier mercredi 16, à la fois des reprises (Répertoire et Dressur de Kagel et Kits de Philippe Hurel), dans l’ébouriffante mise en scène d’un « Lever de rideau » et par d’exceptionnels percussionnistes (et comédiens !) du CNSMD de Lyon, suivies de non moins passionnants « Sports & Divertissements » provoqués par Les Percussions Claviers de Lyon, autour d’adaptations de pièces de Satie, mais aussi la création de haletants Temps Modernes de Moritz Eggert. Le lendemain, au Musée des Confluences, dopage électro-visuel avec Test Pattern, installation du toujours fascinant Ryoji Ikeda, à mettre en parallèle avec le gracile « Buisson de smartphones » et ses rires en cascade, autre installation, interactive celle-ci, du tandem Borrel-Lebreton. En soirée, L’ensemble Celadon (1 contre-ténor + 5 violes) mariait Renaissance anglaise et création. No Time in Eternity, commande passée à Michael Nyman par le chanteur Paul Bündgen, montrait que la viole de gambe, noble instrument du passé, pouvait être habitée d’une frénésie rock. La soirée du vendredi 18 aura été l’occasion d’assister à l’un des spectacles les plus réussis grâce au jeune Danois Simon Steen-Andersen. Tiens, « Andersen » ? À croiser théâtre, musique, vidéo et technologie, un conte d’un nouveau genre surgit, où la nuit (soirée Night – Staged Night) redevient cet espace évocateur cher aux romantiques. Un fantastique certes revisité à la suite de David Lynch, Boltanski et même Kraftwerk où, plongé dans l’univers de Bach (cantate « Ich habe genug »), Mozart (Flûte enchantée) et Ravel (Gaspard de la nuit), l’ensemble Ascolta en transforme insidieusement le contenu pour déboucher sur le grand guignol et l’absurde. Les mains du pianiste s’envolent chez Ravel tandis qu’apparaît son fantôme. L’air de la Reine de la Nuit, version caoutchouc, rebondit sur un podium de boîte de nuit miteuse, et Bach perd les pédales, se liquéfiant tout doucement au son d’un trombone qui aurait goûté à la « trempette » fatale de Roger Rabbit. Drôle, magique et futé - c’est à coup sûr l’une des voies de la création d’aujourd’hui. Merci la Biennale !

Franck Mallet

Lyon, Biennale Musiques en Scène 2016, 1er au 26 mars. Photos : Staged Night © DR