Dimanche 25 août 2019
Concerts & dépendances
Lucerne Academy : Boulez sans Boulez
lundi 10 septembre 2012 à 00h04

Concert, à la salle Pleyel, du Lucerne Festival Academy Orchestra. Public nombreux, malgré le beau temps, et très jeune : Pierre Boulez, créateur et animateur de l’Académie, dirige Philippe Manoury (son élève), Jonathan Harvey (un des pionniers de l’IRCAM) et Arnold Schönberg (son père spirituel). Mais comme à Lucerne vendredi, le maître, « à la suite d’une inflammation soudaine de l’œil », est remplacé par son assistant Clement Power, lequel ne devait diriger que l’œuvre de Harvey. Power, qui a fait travailler les cent-trente étudiants de l’Académie tout au long de la session 2012, a la Boulez touch : gestique économe, précision naturelle. Dans Sound and Fury de Manoury, sorte de bataille rangée orchestrale inspirée de Faulkner (deux groupes de cordes, deux de cuivres, séparées par la petite harmonie et les percussions), le mimétisme est impressionnant. Dans Speakings de Harvey, où « le discours orchestral est touché par les structures du langage » par la magie de la technique IRCAM, c’est à toute une école inspirée et soutenue par Boulez qu’hommage est rendu. La frustration vient avec Erwartung de Schönberg, quand l’orchestre couvre la voix pourtant grande de Deborah Polaski, au lieu de réaliser « l’enregistrement sismographique des chocs traumatiques » ressentis par cette dernière. Un seul chef vous manque…

François Lafon

Photo © DR