Mardi 21 mai 2019
Concerts & dépendances
Lucas Debargue, à la scène comme à l’écran
vendredi 29 septembre 2017 à 23h49
A l’Auditorium de la Fondation Louis Vuitton, soirée Lucas Debargue. Un film et un concert – deux même : Debargue au piano solo, Debargue compositeur –, trois façons d’appréhender ce musicien de vingt-six ans, célèbre en un jour et tout aussi rapidement donné comme un génie torturé, après que le jury du Concours Tchaikovski de Moscou lui eût, en 2015, concédé un quatrième prix alors que presse et public le plébiscitaient. Réalisé par son ami Martin Mirabel, le film (Lucas Debargue, tout à la musique) le suit tout au long de l’année suivant le Concours : voyages, concerts, enregistrements, autographes, bains de foule, récréation, lassitude. Un documentaire assez long (1h25), de facture classique, porté par le personnage, jeune homme plein d’idées et n’hésitant pas à les imposer, contradictoire mais pas trop, fou d’admiration devant les grands du jazz, animé par la certitude d’ « avoir besoin d’apporter une réponse musicale à ce qu’il éprouve dans la vie ». Confirmation en live, où il enchaîne les 13ème (D.664) et 14ème (D.784) Sonates de Schubert avec pour fil d’Ariane la volonté de ne se laisser à la splendeur de la musique qu’après lui avoir fait avouer ses intentions les plus secrètes. Jeu extrême, sophistiqué, torturé peut-être (voir plus haut), tranchant en tout cas sur les interprétations esthétiques mais sans relief de nombre de ses congénères. Debargue compositeur après l’entracte, avec les formidables frères Castro Balbi (David, violon ; Alexandre, violoncelle) pour son Trio pour piano et cordes en quatre mouvements. Musique tonale (« L’ut majeur, c’est la maison », explique-t-il), influences diverses, éclairs de jazz, des longueurs et quelques bavardages, mais toujours ce feu allumé par celui qui avoue que quand il fait de la musique, il est « dans un état de fragilité beaucoup trop fort », ajoutant : « Si j’étais comme ça dans la vie, je mourrais ».
François Lafon 

Fondation Louis Vuitton Neuilly-sur-Seine, 29 septembre. Diffusion sur Medici et Radio Classique (photo © DR)