Dimanche 26 mai 2019
Concerts & dépendances
Lénine et Staline : la musique marche au pas
mardi 12 octobre 2010 à 18h26

Toujours féconds, les liens entre musique et politique. Nulle part ailleurs qu’en Union Soviétique ils ont été plus serrés et plus tendus, mais aussi plus troublants, principalement entre 1917 et 1953. C’est la période explorée dans une exposition qui vient d’ouvrir ses portes au Musée de la Musique (jusqu’au 16 janvier 2011). A l’image du « Troisième Reich et la musique », qui a connu un énorme succès en 2004, « Lénine, Staline et la musique » fait défiler toute une époque de la culture russe. On voit (et parfois aussi on entend) des manuscrits de Prokofiev et de Chostakovitch, des esquisses de Malevitch pour un opéra, des portraits à la gloire de Lénine et de Staline, des extraits d’Alexandre Nevsky (le film d’Eisenstein, avec une musique de Prokofiev). On retrouve les noms de Meyerhold, Rodchentko, Chagall, Gorki…

Age d’or ou âge de fer ? Les deux, car on voit surtout comment l’art devient, au nom de la Révolution, le serviteur d’une propagande. Un vent de liberté souffle (très brièvement) sur la Russie au lendemain de la Révolution d’Octobre. Puis, dès les années 1920, Staline se charge de mettre les artistes au pas, dans le sens le plus littéral du terme, processus qui culminera dans le fameux article de la Pravda, rédigé, semble-t-il, par le Petit Père du Peuple en personne, et condamnant sans appel Lady Macbeth de Mzensk, l’opéra de Chostakovitch. L’ombre de Staline (qui comme Lénine avait des goûts musicaux plutôt conservateurs) est omniprésente dans la deuxième partie de l’exposition, qui se termine sur les funérailles du dictateur, mort le même jour que Prokofiev. On apprécie mieux, à la fin de ce parcours, la liberté, fragile mais néanmoins réelle, dont jouissent les artistes dans la société actuelle. 

Pablo Galonce

Photos : 

Vladimir Tatline, La Porte du Saint-Sauveur, Projet de décor pour Une vie pour le tsar de Mikhaïl Glinka,1913 © Moscou, galerie nationale Tretiakov

 

Tatiana Bruni, L’Ouvrier au fourneau, projet de costume pour le ballet Le Boulon de Dmitri Chostakovitch, 1931 © Saint-Pétersbourg, musée national du Théâtre et de la Musique

"Lénine, Staline et la musique", du 12 octobre au 16 janvier à la Cité de la Musique, Paris.