Mercredi 28 octobre 2020
Concerts & dépendances
La Dame blanche, opéra comique en temps réel
vendredi 21 février 2020 à 01h12
A l’Opéra Comique, nouvelle production et 1694ème représentation de La Dame blanche de François-Adrien Boieldieu, quatrième ouvrage le plus joué dans la maison après Carmen, Manon et Mignon. Créé un demi-siècle avant Carmen, mais son antipode justement, pour ne pas dire son antidote : tout ici est souriant et bien pensant, en phase avec le lieu et l’époque - et même d’actualité, puisque le livret de Scribe d’après Walter Scott (à la mode du temps lui aussi) glorifie, un an après le couronnement de Charles X, la « restauration » d’une famille exilée. Quant à la musique, troussée en trois semaines (pour remplacer une création d’Auber) par un Boieldieu au faîte de son savoir-faire, elle rossinise beaucoup (les deux hommes étaient voisins, et pas seulement par l’adresse), mais rend habilement hommage aux grands anciens, à commencer par Grétry. Wagner lui-même la louait, alors que Berlioz y voyait plus cyniquement une machine à cash. Mais que faire de cette « Gentille dame » (un des nombreux tubes de l’œuvre), si proche de son public qu’on y assiste même, cent-vingt-six ans avant le Rake’s Progress de Stravinsky, à une vente aux enchères « en temps réel », point culminant d’une intrigue où l’argent et la propriété (XIXème siècle, siècle bourgeois) sont des motifs récurrents ? Rien de plus que ce qu’elle est, démontre la metteur en scène Pauline Bruneau - dont La Bohème, notre jeunesse restait déjà sur la même scène (voir ici) au plus proche de l’imagerie puccinienne. Pas de transposition donc (une forme d’originalité de nos jours), mais des effets vidéo bien placés (apparitions et disparitions de cette Dame blanche qui est en l’occurrence un faux fantôme) et quelques clins d’œil dans le jeu d’acteurs pour faire passer des dialogues parlés qui, eux, ont fait leur temps. Une troupe musicalement haut de gamme, où le ténor Philippe Talbot et la soprano Elsa Benoit (une formidable Française détachée à l’Opéra de Munich) se jouent des acrobaties vocales à eux demandées, dirigée avec l’élégance requise par le très doué Julien Leroy. Ovations pour tous aux saluts : cette si convenable Dame blanche serait-elle aussi de notre temps ?
François Lafon 

Opéra Comique, Paris, jusqu’au 1er mars (Photo © Christophe Raynaud de Lage)

 

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