Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
L’Amour des trois oranges, une bombe à retardement
mercredi 27 juin 2012 à 00h12

Reprise, à l’Opéra Bastille, de L’Amour des trois oranges de Prokofiev dans la mise en scène de Gilbert Deflo (2005). Le chef Alain Altinoglu fouette l’ensemble, donne vie à ce spectacle tiré au cordeau qui avait laissé un souvenir à la fois brillant et glacé. Comme la salle n’est pas pleine pour les huit représentations prévues, l’Opéra a lancé une opération tarif préférentiel à l’usage des familles. Aux enfants la fable commedia dell’arte inspirée de Carlo Gozzi (1761), aux parents la bombe à retardement qu’est cet opéra qui prédit la mort de l’opéra. Fini le règne des Lyriques et des Comiques, des Tragiques et des Têtes-Vides qui s’opposent au prologue. Ce sont les Ridicules qui mènent le jeu, et le jeu est dangereux. Il ouvre la porte, en 1921, à l’anti-opéra, au contre-opéra, à l’opéra déconstruit du siècle à venir. Dans sa rigueur géométrique, le spectacle montre bien cela, là où d’autres mises en scène privilégient la fête déjà surréaliste, la contestation juvénile de l’opéra de papa.

François Lafon

Opéra de Paris Bastille, 23, 26, 29 juin, 3, 6, 9, 11, 13 juillet. Photo © Opéra de Paris