Mercredi 23 octobre 2019
Concerts & dépendances
Janacek selon Christoph Marthaler : un classique du regietheater
lundi 21 mars 2011 à 22h20

En 1998, au festival de Salzbourg dirigé par Gerard Mortier, Katia Kabanova a quelques fans et beaucoup de détracteurs. Christoph Marthaler, le metteur en scène, prend l’opéra de Janacek à rebrousse-poil. Quand la musique parle de fleuve immense et de grands espaces, il enferme l’action dans un coin de cour. Quand le livret (tiré de L’Orage, une pièce d’Alexandre Ostrovski) nous raconte l’histoire d’une Bovary russe écrasés par les préjugés bourgeois, il nous transporte chez les déclassés de l’époque soviétique. Le comble du regietheater, dont Marthaler est un des pères fondateurs ! Le spectacle est filmé, diffusé à la télé et en DVD ; il est repris à l’Opéra de Paris (directeur Gerard Mortier) et au Capitole de Toulouse (directeur Nicolas Joel). Comme il est frustrant, démoralisant même, mais rigoureux dans son exploitation de la dialectique scène/musique, il se bonifie avec le temps, à moins que ce ne soit le public qui ne s’y soit fait, à la longue. Aujourd’hui, il est repris au Palais Garnier (direction … Nicolas Joel). On le regarde comme un classique. Angela Denoke, chanteuse moderne (on dirait anti-diva, si ce n’était un lieu commun) y officie toujours, en grande amoureuse qui se punit elle-même. Sa voix est fatiguée, mais elle est plus que jamais l’interprète qu’il faut pour ce spectacle-là. On pourrait en dire autant du chef, le jeune Tchèque Thomas Netopil, qui donne la sensation de recréer à mesure cette musique à jamais belle et dérangeante.

François Lafon

A l’Opéra National de Paris - Palais Garnier, les 23 et 29 mars, 1er et 5 avril (Photo DR)