Dimanche 26 mai 2019
Concerts & dépendances
Hippolyte et Aricie : tragédie et poudre de riz
dimanche 10 juin 2012 à 01h09

Au Palais Garnier, Hippolyte et Aricie de Rameau dans une présentation empruntée au Capitole de Toulouse, la production de Jean-Marie Villégier (1996) ayant depuis longtemps été déclassée (c'est-à-dire envoyée à la casse). Le metteur en scène Ivan Alexandre, surtout connu comme journaliste, déclare « n’avoir souhaité faire ni transposition ni reconstitution historique, mais plutôt inviter à un songe en cherchant l’unité sans doute utopique, entre le verbe, le son, l’esprit et l’image. » Mission accomplie. Tout, dans son spectacle, n’est que ronds de jambes et perruques poudrées, toiles peintes et robes à panier. Pas une faute de goût ni d’analyse : en devenant tragédie lyrique, Phèdre abandonne l’ascétisme racinien, et prend le temps de danser comme on le faisait à la cour. Les chanteurs, impeccables et corsetés, le chef Emmanuelle Haïm, qui fait passer la grâce avant la fougue, participent de ce moment d’élégance ancien régime. A l’entracte, un pianiste qui n’ignore rien de la musique française explique que pour une fois, le spectacle ne l’empêche pas d’écouter la musique. Un confrère du metteur en scène (c'est-à-dire un critique) rétorque qu’avec Villégier la tragédie - toute lyrique qu’elle fût - était plus tragique. Le public, qui ovationne le spectacle, est du côté du pianiste : tragédie peut-être, mais lyrique avant tout. On n’en sortira jamais !

François Lafon

Opéra National de Paris, Palais Garnier, 9, 13, 17, 19, 22, 24, 27, 29 juin, 1er, 4, 7 9 juillet Photo © Opéra de Paris