Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Hébé en fête à la Bastille
jeudi 23 mars 2017 à 15h37
Du quatrième grand ouvrage de Rameau pour le théâtre, Les Fêtes d’Hébé (1739), il est   plus rarement question que des trois précédents, Hippolyte et Aricie (1733), Les Indes Galantes (1735) et Castor et Pollux (1737) : aucune audition intégrale à Paris entre 1770 et ces jours-ci, ni à la scène ni même au concert. Il s’agit d’un opéra-ballet, comme Les Indes Galantes. Dans le prologue, Hébé quitte l’Olympe, lasse des assiduités de ses habitants. Elle se rend sur les bords de la Seine et arbitre en trois entrées (avec intrigues amoureuses et interventions divines) entre trois formes d’art : la Poésie, la Musique et enfin la Danse. Spectacle très européen : l’Opéra national de Paris en coproduction avec le Centre de musique baroque de Versailles et en partenariat avec le Royal College of Music de Londres (le chef Jonathan Williams et l’orchestre). Surtout, spectacle très mémorable, faisant constamment et intelligemment appel au visuel,  voire au gestuel au millimètre près : danseurs presque toujours en action, sans pour autant empiéter sur les chanteurs (tous en résidence à l’Académie de l’Opéra de Paris), chœur partie  intégrante de la chorégraphie, en se déplaçant, en se divisant  et/ou par des mouvements de tête ou de mains. Spectacle à la fois sobre et dense, qu’on peut qualifier de « total », au meilleur sens du terme et grâce en particulier au chorégraphe / metteur en scène Thomas Lebrun. Reste l’essentiel : Les Fêtes d’Hébé déborde de musique. Haut degré d’émotion pour l’œil, l’oreille et l’esprit avec la succession, dans la troisième entrée, de la lancinante et géniale loure grave, du célèbre tambourin et du chœur à allure de musette « Suivez les lois qu’Amour vient vous dicter lui-même ».
Marc Vignal
 
Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, 22 mars (et les 23 et 25) (Photo © DR)