Jeudi 18 juillet 2019
Concerts & dépendances
Gardiner-Richardot : un duo pour Berlioz
mardi 23 octobre 2018 à 17h25
A la Philharmonie de Paris, concert all Berlioz avec John Eliot Gardiner et son Orchestre Révolutionnaire et Romantique. Ceux qui sont venus écouter dans la deuxième partie l’inusable Symphonie Fantastique ne sont pas déçus : de tous les chefs « à l’ancienne », Gardiner est celui qui sait le mieux tirer profit des instruments d’époque pour retrouver la dimension tour à tour enfiévrée et grotesque de ce psychodrame : il n’y a qu’à entendre les grondements des quatre bassons dans la marche au supplice ou les hautbois (extraordinaires) dans la scène champêtre pour le comprendre. Mais avant cette exhibition, John Eliot Gardiner se fait voler la vedette par une Lucile Richardot, la mezzo-soprano française que l’on a plus l’habitude d’entendre dans le répertoire baroque. Dans La Mort de Cléopâtre, scène lyrique d’un jeune Berlioz en quête de reconnaissance mais déjà inspiré par les grands sujets, elle est impériale : prononciation impeccable, noblesse du chant, sens dramatique juste, c’est en grande tragédienne qu’elle fait vivre les derniers instants de la reine d’Egypte. Après une « Chasse royale et orage » des Troyens pleine d’étincelles, le monologue et la mort de Didon sont d’une simplicité touchante : sans artifices, s’appuyant toujours sur une diction parfaitement imbriquée dans la ligne (son expérience dans le répertoire baroque y est pour quelque chose) qui laisse entendre le texte de Berlioz comme rarement, Lucile Richardot n’a pas besoin de rajouter du pathétique pour rendre grandiose la scène. Triomphe absolu y compris auprès des musiciens de l’orchestre, tombés aux aussi sous le charme.
Pablo Galonce 
 
Philharmonie de Paris, le 22 octobre 2018. (Photo © DR)