Samedi 17 novembre 2018
Concerts & dépendances
Festival Présences : la synthèse Thierry Escaich
mercredi 7 février 2018 à 00h37
A l’Auditorium de Radio France, premier des dix-neuf concerts du festival Présences 2018, dédié cette année à Thierry Escaich, compositeur, organiste, accordéoniste, improvisateur, enseignant et académicien. Au programme, Escaich - Maurico Kagel - Escaich, mais avant tout trois œuvres conférant un contenu contemporain à des formes anciennes : le ground anglais (brèves variations sur une basse obstinée), le motet et l’oratorio. Ground III, extrait d’un ensemble de six œuvres aux effectifs variés, marie l’orgue aux percussions. Avec le formidable percussionniste Gilles Durot, Escaich, qui a commencé par une improvisation à l’orgue sur la fanfare qu’il a composée comme blason du Festival, semble encore improviser. Erreur : les sons issus de ces noces étranges relèvent de la haute joaillerie. Détournés aussi les Motetten de Kagel : pas de voix (motet viendrait de « mot »), mais huit violoncelles (l’excellent Ensemble Nomos) : « Je bâtis des pièces plurivoques avec des détails univoques », déclarait le maître argentin. Enfin l’oratorio Cris, créé à Verdun en 2016 lors des commémorations de la Grande Guerre, ajoute aux percussions et aux violoncelles un grand chœur, un petit chœur, un accordéon et un récitant, le romancier et dramaturge Laurent Gaudé, auteur du texte (plutôt réussi sur un sujet risqué) et bon comédien. Cette fois, c’est à l’oratorio français que l’on pense, à Franck et Honegger, la furia rythmique, le melting pot d’influences savantes et populaires qui sont la marque du compositeur en plus. "Ma génération est encline à faire une synthèse des courants qui ont marqué le XXème siècle. Les fondements d’une musique peuvent être tonaux, comme c’est le cas pour la mienne, mais intégrer toutes sortes de modalités, polytonalités, polyrythmies", déclare Escaich. De quoi faire faire la grimace aux gardiens du temple darmstadtien, d’autant que Présences 2017 était dédié à la pourtant pas tellement plus orthodoxe Kaija Saariaho. 
François Lafon

Présences, Radio France, jusqu’au 11 février (Photo © Claire Delamarche)