Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Fantasio d’Offenbach, rapports de forces
dimanche 12 février 2017 à 21h22
Résidence de l’Opéra-Comique (dont les travaux ne sont pas terminés) au Châtelet (avant fermeture pour travaux) : Fantasio d’Offenbach, d’après Alfred de Musset. Un ouvrage qui revient de loin, créé en 1872, boudé par le public qui n’y retrouvait pas l’amuseur caustique de l’Empire défunt et reprochait en même temps à celui-ci d’être d’origine allemande et d’avoir choisi une pièce qui se passait en Bavière, vite oubliée par le compositeur qui ne le fit pas éditer mais en recycla quand même quelques thèmes dans Les Contes d’Hoffmann, retrouvé enfin et reconstitué par le musicologue Jean-Christophe Keck. Une recréation scénique donc, précédée par un enregistrement made in Britain (Opera Rara) et une version de concert au festival de Montpellier. Forces en présence, plus ou moins complémentaires : la pièce d’Alfred de Musset, laconique et désabusée, l’adaptation demandée par Offenbach à Paul de Musset, passé maître dans l’art de rendre « jouable » - selon les critères de l’époque - le « Théâtre dans un fauteuil » de son frère, enfin la mise en scène signée Thomas Jolly, plus à l’aise ici qu’au Palais Garnier dans Eliogabale de Cavalli (voir ici), cédant à son goût pour la féérie potache tirant vers le noir (et pas seulement dans les décors) qui a fait son succès. Est-ce pour équilibrer lesdites forces qu’il a réinjecté dans l’œuvre de Paul un peu de la noirceur de celle d’Alfred et rappelé les circonstances – la guerre, l’équilibre entre les états - de la création de l’ouvrage, (déjà) à l’Opéra-Comique ? Dommage que le ton opérette - genre Châtelet de Francis Lopez – qu’il a choisi vienne parasiter la musique raffinée, fort belle par moments mais assez uniment sentimentale d’Offenbach dernière manière. Distribution vocale sans faiblesse, sous la baguette très élégante de Laurent Campellone, menée par le couple Marianne Crebassa, brûlant les planches en enfant du siècle travesti et Marie-Eve Munger, lumineuse en fille de roi qui ne s’en laisse pas conter.  

François Lafon

Châtelet, Paris, jusqu’au 27 février. Sur France Musique le 19 mars, en direct sur Culturebox le 22 février (Photo © Pierre Grsobois)