Mardi 21 mai 2019
Concerts & dépendances
Emmanuel Krivine et l’Orchestre National, chevaux de bataille
vendredi 8 septembre 2017 à 00h00
Prise de fonction, à l’Auditorium de Radio France, d’Emmanuel Krivine à la tête de l’Orchestre National de France. Auditoire de luxe : politiques, directeurs de salles, tous les décideurs sont là. Pour l’occasion, le maestro admiré et redouté pour ses remarques assassines mélange les genres et les styles, mais pas les thèmes. C’est de volupté qu’il est question, et de volupté postromantique. De silence aussi, dans cette salle qui magnifie l’orchestre mais ne laisse passer aucune imprécision. « Volupté souffrante » (selon Krivine lui-même) avec la Passacaille, op. 1 d’un jeune Anton Webern encore occupé à jouer au chat et à la souris avec les sons pour finir par saturer l’espace. « Volupté en gloire » avec les Quatre derniers Lieder de Richard Strauss, ultime révérence au romantisme tandis que Pierre Boulez donnait sa première Sonate pour piano (1949). « Volupté mystique » enfin, avec La Symphonie en ré mineur de César Franck, depuis longtemps un de ses chevaux de bataille. Le geste bref, volontiers fulgurant, le premier directeur français du National depuis Jean Martinon (1968-73) aère les textures, mais n’éteint pas le son. Cela donne un fabuleux deuxième mouvement de la Symphonie de Franck, là où tant de chefs oublient de respirer (formidables solistes du National). Cela donne aussi un Strauss sans langueurs intempestives, mais devient un « quatre pièces pour orchestre avec voix obligée », en l’occurrence la wagnérienne Ann Petersen, laquelle libère de superbes aigus dans … Morgen, qu’elle chante en bis comme un cinquième dernier Lied. En bonus (« Ce ne sera pas long », annonce Krivine de sa voix flûtée), la "Barcarolle" des Contes d’Hoffmann d’Offenbach : « volupté et tendresse, ou le contraire ». La plus berçante des Barcarolles entendues depuis longtemps, cela dit. 
François Lafon

Maison de Radio France, Auditorium, 7 septembre. En streaming sur Arte Concert et Francemusique.fr. Ultérieurement sur Mezzo. (Photo © DR)