Samedi 20 juillet 2019
Concerts & dépendances
Électrique Reich
samedi 19 novembre 2016 à 10h20
À chaque nouvelle saison parisienne, la Cité de la musique – et la Philharmonie – mettent à l’honneur plusieurs compositeurs américains issus du minimalisme. Cette année, John Adams reviendra sous la forme d’un « Portrait » (10 et 11 décembre prochains) et bien plus tard, lors d’un « Regards d’Amérique », l’Orchestre de Paris jouera en direct la partition de Glass pour Visitors, dernier film (toujours sans paroles) de son comparse écolo Geodfrey Reggio, à la Grande Salle de la Philharmonie, les 24 et 25 mars 2016. Le concert intitulé « Pulse » était l’occasion de découvrir en création française les deux dernières partitions de Reich : Pulse, pour vents, cordes, piano et basse électrique – co-commandé par la Philharmonie – et Runner, pour grand ensemble, destiné à l’origine à la danse. Ce soir-là, nouvelle confirmation : le langage de l’Américain n’a plus de secret pour l’Ensemble Modern, qui a décidément appris à jongler avec les styles et les époques. Pulse se démarque du répertoire habituel de Reich ; moins percussive et tournée vers les vents, la partition suggère plutôt le calme contemplatif d’un Copland – le compositeur confessant que lors de son écriture, en 2015, il avait « ressenti le besoin de garder la même harmonie, en confiant aux vents et aux cordes des lignes mélodiques lisses qui se déroulent en canon au-dessus d’une pulsation constante à la basse électrique et/ou au piano ». Pour le coup, le délirant Concerto pour orgue et percussion de Lou Harrison (1973) qui suivait déclencha un tel chambard dans la salle – parmi la percussion, on relevait des tuyaux de plomberie et des caisses en bois frappés… le tout seulement avec quatre interprètes ! – que Pulse apparaissait comme un bouton de rose posé sur une plante carnivore. Enfin, Credo in US, partition chorégraphique du jeune Cage (1942) précédant l’exécution de Runner était elle aussi un festival de sons bigarrés – sonnette électrique, messages radios intempestifs, électrophone, boîtes de conserve, etc. – qui amusa beaucoup le public… Nettement plus échevelée et d’une robustesse égale durant ses cinq mouvements joués sans pause, Runner fut sans conteste la pièce maîtresse de ce concert, sorte de prolongement exalté du célèbre Music for 18 Musicians écrit quarante ans plus tôt — d’ailleurs, la partition est destinée au même nombre d’interprètes, dont plusieurs cordes amplifiées –, le compositeur renouant avec l’impressionnante densité sonore de ses premières partitions, enrichie d’une palette à la complexité électrisante
Franck Mallet
 
Concert « Pulse » Reich, Harrison et Cage par l’Ensemble Modern, dir. Brad Lubman,  Salle des concerts de la Cité de la musique de Paris, 12 novembre 2016.
 
Photo © DR