Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Dijon : La Flûte enchantée, esthétique du recyclage
mercredi 22 mars 2017 à 01h37
A l’Opéra de Dijon (Auditorium) : La Flûte enchantée de Mozart dirigé par Christophe Rousset et mis en scène par David Lescot. Enchantée n’est pas vraiment le terme, Lescot – comme il l’avait fait avec Il Mondo della Luna de Haydn (voir ici) – substituant aux thématiques originelles (théâtre de tréteaux et rituel maçonnique) un bain contemporain qu’il tient pour révélateur. Une idée qui préside à la plupart des présentations actuelles de l’ouvrage, le merveilleux de carton-pâte avec lequel Ingmar Bergman avait jonglé dans son film ayant depuis longtemps fait long feu. Sa Flûte est post-nucléaire (le soleil a tout brûlé), post-écologique (les sacs poubelles ont gagné), post-libérale (les Initiés ont trouvé refuge dans un supermarché dévasté). Il a tout de même voulu rationnaliser la fable en nous expliquant (il n’est pas le premier) que Pamina était la fille (désirée) et (plus rare) Papageno le fils (accidentel) de Sarastro et de la Reine de la Nuit, sans pourtant aller jusqu’à réécrire le livret, comme l’a fait Wajdi Mouawad à Lyon avec L’Enlèvement au sérail (voir ici). On assiste donc - compte-tenu des références à Malevil ou à Soleil vert - à une Flûte enchantée orientée (sans jeu de mots) mais pas si déroutante, où l’on échappe aux habituelles facéties viennoises de Papageno, mais non aux défilés des prêtres, fussent-ils vêtus de déchets recyclés (costumes imaginatifs de Mariane Delayre). Plateau soigné, dominée par le ténor Julian Prégardien, digne fils du grand Christoph : des voix jeunes, à ne pas comparer avec les stars du passé, mais judicieusement coachées par Rousset, lequel parvient, à la tête de ses Talens Lyriques (vingt-cinq ans cette année) en grande forme, à faire pétiller la musique sans contredire l’inquiétant propos du spectacle. 
François Lafon

Opéra de Dijon - Auditorium, jusqu’au 25 mars. En version de concert à la Philharmonie de Paris le 3 avril
(Photo © Gilles Abegg/Opéra de Dijon)