Mercredi 22 janvier 2020
Concerts & dépendances
Didon et Enée, mort d’amour et autres matériaux
samedi 16 février 2013 à 01h07

Aux Bouffes du Nord, Le Crocodile trompeur/Didon et Enée, d’après Didon et Enée de Henry Purcell et d’autres matériaux. Et quels matériaux ! S’autorisant du fait que ce chef-d’œuvre minute (même pas une heure) est un ovni lyrique peut-être créé dans le cadre d’un mask, spectacle total très prisée dans l’Angleterre du XVIIème siècle, Samuel Acache et Jeanne Chandel, les metteurs en scène, ont réuni un collectif d’acteurs-chanteurs-instrumentistes-clowns-tragédiens-danseurs-équilibristes (dans l’ordre que vous voudrez) pour raconter, en musique mais pas seulement, la mort d’amour et autres sentiments. Un bric-à-brac savamment agencé - inspiré du tableau de Breughel L’Ouïe -, des références aux Marx Brothers en même temps qu’à Tadeusz Kantor et James Thierrée, une invention visuelle trépidante, un sens du nonsense très développé, et voilà une mise en abîme, baroque dans l’esprit et contemporaine dans la forme, qui en dit plus que bien des dramaturgies et autres matériaux. Musicalement, tout Purcell est là, ou presque, baroque jusque dans les dérapages, nombreux et contrôlés, auxquels il est soumis. On rit beaucoup, pour mieux compatir au malheur de Didon (étonnante Judith Chemla, ex-de la Comédie Française aux beaux moyens de soprano) et pour admirer ces artistes qui savent tout faire, et en font quelque chose d’assez bluffant.

François Lafon

Bouffes du Nord, Paris, jusqu’au 3 mars Photo © V. Portelli