Jeudi 23 mai 2019
Concerts & dépendances
Concours de Bamberg : Trois questions à Jonathan Nott
samedi 6 mars 2010 à 00h01

La troisième édition du Concours de direction d’orchestre Gustav Mahler de Bamberg s’est terminée hier soir avec la remise des prix et le concert du lauréat, Ainars Rubikis. Jonathan Nott, directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Bamberg et fondateur du concours nous explique ses objectifs.


Dans le monde il existe déjà d’autres concours de direction d’orchestre, qu’est-ce que Bamberg a de différent ?
D’abord, pour les candidats, tous les frais sont payés, ils n’ont donc rien à débourser pour l’inscription, ils partagent le même hôtel que le jury avec lequel ils peuvent parler librement. J’ai aussi voulu qu’il n’y ait pas trop de pièces à diriger, de cette manière chacun des douze candidats peut apprendre quelque chose, tirer un enseignement de cette expérience pendant au moins les quarante-deux minutes dont il dispose dans la première phase du concours. Bien sûr, il faut un vainqueur, mais ce qui m’intéresse c’est ce que tous les candidats sortent d’ici enrichis. D’ailleurs, la relation avec eux ne se termine pas une fois qu’ils sont éliminés : on garde le contact et la fin du concours est plutôt le début d’une relation.
 


Pourquoi Gustav Mahler est l’axe de ce concours ?
D’abord par l’histoire : avant que le nom soit changé pendant la Deuxième Guerre Mondiale, cet orchestre était l’Orchestre Allemand de Prague que Gustav Mahler a dirigé pendant un an. Mais aussi, plus profondément, parce Mahler était un grand chef qui a fait beaucoup pour la musique de son temps. Enfin parce que sa musique permet de mesurer les qualités d’un chef par sa complexité et sa densité : vous changez la couleur d’une seule ligne, toutes les autres changent aussi. Mahler est sur le fil très mince qui divise la musique du passé et la musique de nos jours : quand on écoute une symphonie de Beethoven, on doit se transporter mentalement à son époque pour mieux la comprendre ; quand on écoute Mahler, on a le sentiment d’être dans notre époque. C’est pourquoi la musique contemporaine occupe une place très importante dans le concours : un chef de nos jours doit savoir diriger non seulement Mahler mais aussi les compositeurs de nos jours. L’époque où un chef pouvait se concentrer sur un seul répertoire voire un seul compositeur est finie.

Le risque avec un concours comme celui-ci n’est pas justement de primer la jeunesse plutôt que la qualité d’un chef ?
J’espère que ce n’est pas notre cas puisque par exemple cette année nous avons choisi le candidat le plus âgé. En même temps, pour un candidat de 21 ans seulement, un deuxième prix qui lui ouvrira de portes est peut-être plus intéressant que le premier prix qui le mettrait tout suite sous les feux de la rampe et la pression médiatique.


Le palmarès :
1er prix (20.000 euros) : Ainars Rubikis, Lettonie (né en 1978)
2ème prix (10.000 euros ) : Aziz Shokhakimov, Ouzbékistan (né en 1988)
3ème prix (5.000 euros) : Yordan Kamdzhalov, Bulgarie (né en 1980)