Jeudi 23 mai 2019
Concerts & dépendances
Cendrillon, le retour
dimanche 27 novembre 2011 à 10h13

Emotion et émerveillement à Garnier, avec La Cenerentola de Rossini. Jean-Pierre Ponnelle l’avait mis en scène à Munich en 1967. Nicolas Joël, l’actuel directeur de l’Opéra National de Paris dont il fut l’élève, lui rend hommage en l’installant enfin à Garnier, avec les décors d‘origine dans un spectacle pétillant d’intelligence et admirablement réglé. Les décors, d’abord, faits de quelques toiles, comme dans le théâtre de tréteaux d’antan, dont la simplicité et le constant à propos font la magie, à l’opposé de tous les chercheurs de concepts nouveaux, dont les tics font l’académisme d’aujourd’hui. Les voix ensuite, dont Nicolas Joël se montre, si besoin, un fin connaisseur, et dont la recherche de l’équilibre dans les distributions fait mouche : Karine Deshayes (Angelina/Cendrillon) est une des meilleures sopranos rossiniennes d’aujourd’hui ; José Camarena, entendu l’année dernière à Bastille dans la Somnambule aux côté de Natalie Dessay, peut s’accaparer le qualificatif de grand ténor rossinien ; Carlos Chausson, en don Magnifico, est désopilant ; les deux sœurs Clorinda (Jeannette Fischer) et Tisbé (Anna Wall) sont loufoques sans verser dans le ridicule, et Alex Esposito est un Alidoro plus qu’honnête. Présent à Paris depuis plus de dix ans, mais peu remarqué, Riccardo Navarro (Dandini) a pourtant une présence sur scène qu’on aimerait partagée par plus de chanteurs. Tous jouent ensemble avec jubilation et ont une diction parfaite, choses trop rares pour être soulignées. Les chœurs et la direction musicale (Bruno Campanella) sont impeccables. Tout cela est très « classique », certes, mais tellement séduisant, et donne envie de voir et revoir les mises en scènes de Ponnelle. Celle de Madame Butterfly serait un beau cadeau que Nicolas Joël pourrait faire au public…


Albéric Lagier

Opéra de Paris du 26 novembre au 17 décembre Photo © Opéra de Paris