Mercredi 23 octobre 2019
Concerts & dépendances
Cav et Pag, l'opéra d'en bas
samedi 14 avril 2012 à 00h07

A l’Opéra Bastille, Cav et Pag (Cavalleria Rusticana de Mascagni et Pagliacci de Leoncavallo). Quand Cav se termine, on se dit que le plus dur est fait, que Pag, c’est moins ennuyeux, moins sommaire, voire moins bruyant. Quand Pag est fini, on regretterait Cav si l’on n’était aussi heureux que tout cela soit terminé. Après, on se raisonne : ces deux brefs opéras jumeaux (1890-1892), prototypes du courant vériste qui avait déjà envahi la littérature italienne, ont un intérêt historique, mais aussi sociologique (le petit peuple en vedette) et musical (mélodies faciles et débordements vocaux). Dans la mise en scène de Giancarlo Del Monaco, importée de Madrid, l’accent est mis sur le carcan religieux (Cav) et la tranche de vie façon néo-réaliste (Pag). L’orchestre file droit, tenu par le spécialiste Daniel Oren, et les chanteurs font du son, encouragés par la vastitude du lieu. Le spectacle fait partie du cycle « un opéra italien mal aimé par saison » initié par le directeur Nicolas Joël. Le public applaudit fort. Décibels et passion fruste : « Nous sommes des êtres de chair et de sang, et tout autant que vous de ce monde orphelin nous respirons l’air », dit le prologue de Pag. Pour beaucoup, c’est ça, l’opéra.

François Lafon

Opéra de Paris, Bastille, 17, 20, 23, 26, 28 avril, 2, 6, 11 mai. Photo © DR : Pagliacci