Mercredi 22 janvier 2020
Concerts & dépendances
Bastille : les dieux au crépuscule
samedi 4 juin 2011 à 10h30

Hier vendredi, un cordon de CRS, armes en bandoulière, protège l’Opéra Bastille d’une manifestation d’Indignés … qui ne viennent pas. Pendant ce temps, se termine la première Tétralogie maison depuis 1962. Ce sont les dieux, là, qui ne sont pas venus. Après avoir lancé des pistes modernes, postmodernes, politiques, numériques et cartoonesques, le metteur en scène Günter Krämer rend les armes avec Le Crépuscule des dieux. La Walkyrie s’est embourgeoisée, le vilain fils du Nibelung se venge du stupide Siegfried sous les lampions d’une fête triste, un Walhalla virtuel s’écroule sur une scène vide. Cela pourrait être fort, ce n’est qu’anodin. Cela, au moins, réussit au chef Philippe Jordan, qui dirige ces cinq heures de théâtre exsangue comme un poème symphonique géant avec voix obligées. De belles voix d’ailleurs, à la mesure du drame dont nous sommes privés. La veille, nième reprise des Noces de Figaro dans la mise en scène de Giorgio Strehler. Beau plateau, avec la star Erwin Schrott et la stylée Dorothea Röschmann, dirigés par Dan Ettinger, un jeune chef à poigne et à personnalité, qui serait enthousiasmant s’il ne cultivait pas, jusque dans La Folle Journée, une lenteur chère à son maître Daniel Barenboim. Dehors, même cordon de CRS, mais quelques manifestants, benoitement assis par terre. Strehler, disciple de Brecht, croyait, lui, aux lendemains qui chantent.

François Lafon

Le Crépuscule des dieux, les 8, 12, 18, 22, 26, 30 juin. Les Noces de Figaro, les 5 et 7 juin. (En photo : Philippe Jordan)