Mardi 21 mai 2019
Concerts & dépendances
Aix 5 : Don Giovanni, encore une danse
jeudi 20 juillet 2017 à 02h55
Nouveau Don Giovanni au festival d’Aix-en-Provence, mis en scène par Jean-François Sivadier. Pas facile de renouveler la donne après Peter Brook et Dmitri Tcherniakov, ses prédécesseurs sur la même scène de l’Archevêché. Deux pistes : La Traviata (avec Natalie Dessay - Archevêché encore - 2011) et le Dom Juan de Molière (Paris, Odéon - 2016), variations sur le moment où la répétition devient représentation, où les acteurs deviennent personnages, où les objets deviennent signifiants. Cette fois encore, le propos naît de l’apparente confusion : « Le plateau est un lieu proche de la mort où toutes les libertés sont possibles » rappelle le metteur en scène citant Jean Genet. C’est cette liberté, proclamée en lettres de sang sur le mur du fond (avec une croix en guise de « t ») qui fait l’originalité du spectacle. Elfe dansant au déhanchement mi-voyou mi-aristocrate, Philippe Sly est un Don Giovanni insaisissable au propre comme au figuré, bien loin du séducteur blasé de la tradition romantique. Un jumeau du Libertin de Stravinsky (voir ici), d'autant qu'esthétiquement les deux spectacles ne sont pas sans points communs. Autour de lui, tous courent et s’épuisent, jusqu’à une ultime danse, cette fois dans l’indifférence générale (déjà Peter Brook rendait - suprême châtiment – le Don invisible aux yeux de ses victimes). Quelques moments éclairants parmi d’autres moins inspirés : le duo « La ci darem la mano » vécu à distance - fantasme plus que travaux d’approche -, ou le « Mi tradi » d’Elvira découvrant Don Giovanni endormi dans les bras de sa servante. Jérémie Rhorer dirige dans le même esprit, très structuré sous des dehors  feu follet. Troupe jeune et juste, dominée par Julie Fuchs, Zerline perverse comme il le faut, et Nahuel Di Pierro, Leporello aux moyens impressionnants.
François Lafon 

Festival d’Aix-en-Provence, Théâtre de l’Archevêché, jusqu’au 21 juillet (Photo © Pascal Victor/Artcompress)