Jeudi 22 août 2019
Concerts & dépendances
Aix 4 : The Rake’s progress, illusions perdues
mercredi 19 juillet 2017 à 02h42
Dernière du Rake’s progress de Stravinsky au festival d’Aix-en-Provence. Un spectacle tiré au cordeau mais quelques illusions perdues. Du surdoué Simon McBurney, dont La Flûte enchantée a enchanté le festival en 2014 (reprise l’année prochaine), on attendait une relecture au laser. Sa boite à illusions est prometteuse, clin d’œil aux gravures moralisantes de William Hogarth qui ont inspiré cette cynique histoire : plateau immaculé comme une grande page blanche, projections idylliques d’abord, intrusives ensuite (smartphones, caméras de surveillance), accrocs lacérant la page à mesure que, guidé par son ombre diabolique, le Libertin perd son libre arbitre et souille son destin, pour finir ruiné et dément. Mais dans la boite, un frustrant premier degré, là où quelques-uns de ces prédécesseurs (Robert Altman, Peter Sellars, Olivier Py) ont jonglé brillamment avec le chaud-froid finement pervers de ce Stravinsky néoclassique pastichant l’opéra XVIIIème. Même l’idée – a priori détonante – de faire jouer par un contre-ténor la Femme à barbe que le Libertin accepte d’épouser, tombe à plat. La direction sans calcium du chef Eivind Gullberg Jensen, remplaçant Daniel Harding (blessé au poignet) à la tête de l’Orchestre de Paris, n’arrange rien, pas plus que le plateau, correct mais sans personnalité marquante, si ce n’est le baryton Kyle Ketelsen dans le rôle en or de Nick Shadow le diable.
François Lafon 

Festival d’Aix-en-Provence, Théâtre de l’Archevêché (Photo © Patrick Berger/Artcompress)