Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Aix 2 : Erismena, savamment discordant
lundi 17 juillet 2017 à 02h08
Au festival d’Aix-En-Provence, Théâtre du Jeu de Paume : Erismena, suite de l’opération « Francesco Cavalli mérite d’être redécouvert », initiée en 2013 avec Elena. Aux commandes cette fois encore, Leonardo Garcia Alarcon, menant sa Cappella Mediterranea comme s’il improvisait cette musique somptueuse, moins cérébrale, plus immédiatement sensuelle que celle de Monteverdi, dont elle a pris la suite avant de tomber dans un relatif oubli. Aux commandes scéniques : Jean Bellorini, directeur du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis et metteur en scène fêté, lequel s’est distingué ce printemps au festival de … Saint-Denis avec un Orfeo de Monteverdi où il faisait déjà équipe avec Alarcon. Un ensemble savamment discordant : aux courbes baroques entretenues par le chef s’oppose un univers hostile aux angles aigus, éclairé par un nuage d'ampoules qui claquent (est-ce volontaire?) et traversé par un cadre de fer portant et/ou écrasant les acteurs, ceux-ci vêtus (costumière : Macha Makeïeff) dans un style Emmaüs à l’antique, monty-pythonisant cette histoire d’après-guerre douloureux où passions contrariés, excès de testostérone, jalousies et travestissements achèvent de dérouter le spectateur. L’ensemble est sauvé par une troupe jeune et superbement chantante (la plupart anciens élèves de l’Académie du Festival), dont le metteur en scène, jouant sur les ambiguïtés (sexuelles, sociales) des personnages et soucieux de « laisser libre cours à la poésie pure, à l’essence même du chant », exalte la liberté et la fantaisie, induisant – au risque de tomber dans l’anachronisme facile - l’idée que ces Mèdes et Arméniens de convention sont plus proches de nous qu’il n’y paraît. 
François Lafon 

Festival d’Aix-en-Provence, Théâtre du Jeu de Paume, jusqu’au 21 juillet. Tournée ultérieure, entre autres à Versailles et Saint-Denis (festival 2018) (Photo © Patrick Berger/Artcompress)